Deux rites pour une même foi

14/02/2011 15:30
24 Ore n°279
Par Jean-Frédéric Gallo

 

 

Deux rites pour une même foi

Ils sont arrivés le mois dernier et s’apprêtent déjà à repartir. Le prêtre Chrisostomos et son séminariste ont ouvert les portes de leur église… grecque de Cargèse. En face, avec la concurrence, ça ne se passe pas trop mal. Récit.

 

Face à face. Pour prendre l'église grecque de Cargèse, il faut se situer sur... l'église romane de Cargèse. Ça marche aussi dans l'autre sens.

Il y a l’image. Connue de tous. Celle de deux églises qui se font face à Cargèse. Signe de la rencontre de deux peuples. Rite byzantin et rite latin. Mais au-delà du symbole, des hommes de foi continuent de faire vivre leurs lithurgies. La tradition se perpétue.


PASSAGE ECLAIR. Tandis que l’Eglise catholique « classique » est solidement installée dans la région, le père Chrisostomos, 39 ans, se bat pour faire vivre sa foi. Il vient d’accueillir un stagiaire ukrainien pour transmettre son savoir du grec ancien. « Je viens chaque année, durant un ou deux mois, depuis maintenant cinq ans, précise le religieux grec. C’est toujours important de rouvrir l’église et de célébrer quelques événements. Stephan Kovalyk, jeune séminariste de 22 ans, m’a accompagné. » Pour célébrer le 28 mars, la fête des morts.


EVENEMENTS. Il y a du travail en perspective. Car dans cette ville de la côte occidentale, l’église fait encore le plein. Plusieurs centaines de paroissiens résidant ici, venus du continent,ou encore d’Ajaccio continuent de  prier. « En Ukraine et en Grèce, l'Eglise est forte, décrypte le prêtre. Mais ici, on constate une forte mobilisation uniquement pour les grands événements. Nous essayons alors de répondre présents. » Car en face, à moins d’une centaine de mètres à vol d’oiseau, c'est la concurrence ! Les catholiques romains !


CATHOLIQUES. « Non non, non, rit notre interlocuteur. Nos rapports sont très bons. Vous savez, je suis également rattaché à Rome. Et nous nous partageons même la chorale ! Une semaine chez eux, une autre chez nous. » A tel point qu’un prêtre, durant près de 40 ans, a même assuré l’office des deux églises. « Deux rites différents, pour une même foi, insiste le père Chrisostomos. Il m’arrive de me rendre chez eux pour prier également. Nous nous faisons quelques blagues sympathiques, et tout se passe à merveille. »


PELERIN. Ce globe-trotteur de la foi à la sauce moussaka passe sa vie entre l’Ukraine, la Suisse et Cargèse. Pour le polyglotte, pas de problème : l’important n’est pas de célébrer forcément en grec. Mais plutôt de respecter le rituel. Très différent du rite catholique. « Chez nous, c’est beaucoup plus joyeux, sourit le prêtre. Les romains sont beaucoup plus cérébraux. Nous, nous chantons. Et venir à l’église est une vraie fête. » Mais au final, peu de changement. « Ce qui peut troubler ici, c’est que les églises soient l’une en face de l’autre. Mais ce n’est pas un combat puisque nous sommes catholiques. Ça peut paraître troublant ici, mais à Paris vous avez cinq rites catholiques différents. »

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