L'HEURE DE L'INTERIEUR

Marignana, l'heure de l'intérieur

04/08/2011 24 Ore n°312
Par Emmanuelle Peretti
Photo : Emmanuelle Perett

 

Village perché dans la châtaigneraie, entouré de terrasses jadis cultivées, Marignana ne compte plus que 70 d’habitants. Mais, été comme hiver, un petit comité a décidé de contredire le fatalisme ambiant.

© Emmanuelle Peretti
Défi. L'intérieur a-t-il un avenir, ou est-il condamné à se dépeupler et mourir à petit feu ? A Marignana, certains ont leur idée...

« Attention aux cochons ! » Le conseil n'est pas superflu.
Racines. Pour monter à Marignana, dans les Deux Sevi, il faut s'attendre à croiser des animaux qui traînent comme si de rien n'était sur le bord de la route. Et donc des touristes, amateurs de photos cliché, en faire tout autant. On le sait : il faut rouler au pas. Mais quand on vient à Marignana, ce n'est pas seulement pour respirer l'air d'un village de l'intérieur. C'est aussi pour assister à la programmation de Scopre. Une association née il y a plus de vingt ans pour contredire ceux qui pensent que « l'hiver il n'y a rien à faire et que l'été il y a trop ». Peu importe qu'il neige, qu'il vente ou que le soleil soit radieux, un petit comité organise ici et dans tout le canton une multitude d'activités - sociales, culturelles, artistiques et pédagogiques. Histoire aussi de prolonger l'héritage des intellectuels, poètes et écrivains, originaires du village.

Châtaigniers. En attendant de rencontrer ceux qui font vivre leur village, nous voici donc sur la route. Où, selon l'heure, en plus des cochons, on rencontre aussi des chèvres. Et beaucoup de vaches. C'est ainsi. Dans le coin, on est habitué. Niché à sept cents mètres d'altitude sur le flanc de la montagne entre Porto et Evisa, Marignana est également le royaume des châtaigniers, bordés à leur pied par de grasses fougères. Certes, comme beaucoup d'autres régions de Corse, où l'arbre à pain a longtemps servi de nourriture de base à la population. Du coup, on s'attend à trouver une profusion de petits producteurs de farine de châtaigne, de charcuterie et des éleveurs. Avec des boutiques et des restaurants vous promettant les meilleurs produits locaux. Que nenni, point de tout cela.

Salut. « Cela fait longtemps, qu'il n'y a plus de producteurs à plein temps », vous glisse-t-on ici, un brin désolé. Un habitant assure cependant avoir entendu dire - il faut rester prudent - que 300 cochons seraient recensés dans le coin. Bigre, une belle exploitation ! « Consommation personnelle uniquement », rétorque-t-on.
Un ancien agriculteur, depuis des années à la retraite, n'a d'ailleurs rien perdu de son savoir-faire. Au point de transformer son habitation en fumoir et de suspendre au plafond des dizaines de saucissons, coppa et lonzu, à vous en faire saliver. Pour relancer la production, il y aurait bien des solutions. Mais, que voulez-vous, les règlements édictés par les administrations de développement agricole sont « à contresens du bon sens », explique-t-on.
« Regardez ce relief, ces châtaigniers, si le travail ne peut être mécanisable, pas de salut », regrette Paul Ceccaldi. Lui, on n'est pourtant pas venu le rencontrer pour parler agriculture. Mais de cette fameuse association Scopre qu'il a créée avec son épouse, Marie-Noëlle, qui en est la trésorière. Sauf que voilà, un couple, Gérard et Nicole, venu de Letia, à une vingtaine de kilomètres de là, pour récupérer le programme des concerts, des projections et des conférences-débats, a engagé la conversation sur ce thème. Allez savoir pourquoi. On finit par comprendre, en voyant quelques cochons (décidément) empêcher l'accès à la casa culturale è suciale, une salle récemment modernisée pour recevoir plus d'une centaine de spectateurs.

Avenir. A l'année, Marignana compte 71 habitants. Et du monde de passage, que Scopre s'évertue à faire venir régulièrement. Un exploit ? « Ce n'est pas évident tous les jours, nous sommes une association que l'on doit gérer comme une entreprise », confie Paul Ceccaldi, qui regrette en outre le manque d'implication et de motivation des élus censés montrer l'exemple. « Mais les gens ne croient pas à l'intérieur », lance-t-il.
Dans ce petit coin perdu dans la châtaigneraie corse, l'association est parvenue à faire connaître Marignana à travers ses Rencontres, traditionnellement organisées en octobre, pendant lesquelles universitaires, écrivains et acteurs de la vie économique viennent pour le plaisir de débattre. L'année dernière, Marco Biancarelli, Marie Ferranti ou Marcel Ruffo étaient ainsi à l'affiche. Les thèmes ? « Vivre ensemble », « Le bonheur en Corse », ou encore « Médias, connaissance, pensée en démocratie en Corse ». Des échanges qui ont ensuite donné naissance à des ouvrages, publiés aux éditions Piazzola.
Forcément, ces réflexions poussent à s'interroger sur l'avenir de l'intérieur. Paul se souvient d'un ami journaliste qui s'extasiait régulièrement dans ses colonnes sur la qualité des évènements portés par l'association. « Il écrivait que c'était magnifique, quel exploit dans ce lieu où il fait froid, dans cet endroit escarpé où il pleut tout le temps, sourit-il. Bref, à la fin, on n'avait... pas envie de venir ! »
Paul et les autres ici, rêvent un avenir différent. Ils le construisent été comme hiver

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