A turnata di u papagallu

A turnata di u papagallu

Depuis huit ans, Pierre Gayte et Caroline Cornu transforment des habitants de la région de Porto en gravures de mode. Ils s’apprêtent à publier « A turnata di u papagallu », un livre étonnant qui retrace cette expérience. Décalage immédiat.

Quand leurs copains photographes de mode et stylistes s’envolent pour Los Angeles ou Ibiza shooter la mode, Pierre Gayte et Caroline Cornu préfèrent poser leurs valises en Corse. Et photographier les gens du cru dans des toilettes de haute couture. Huit années et beaucoup plus de clichés plus tard, leur travail donne A Turnata di u papagallu – « La tournée du perroquet », en Corse de cuisine –, un O.L.N.I (objet littéraire non identifié) qui convoque habitants et vacanciers d’Ota, de Piana, de Porto ou de Serriera sur un podium inattendu : la Corse. Des gens du cru drapés d’écru. Des poupées rose bonbon, à croquer. Des cacciatori over lookés. Fallait oser.
« On voulait éviter les méprises, ne pas affronter les gens et ne surtout pas les déguiser » précise quand même le duo Gayte & Cornu, soucieux de s’écarter des canons de la mode, mais quand même plutôt habitué à travailler avec des pros qu’avec des « vraies gens ». Air connu : en Corse, pour éviter de se prendre une veste, mieux vaut froisser un vêtement qu’une susceptibilité. La proximité née de longues vacances et un travail qui s’est inscrit dans la durée (de 1998 à 2005) ont achevé de vaincre les réticences des « vraies gens ».
À mille bornes d’un prévisible foutage de gueule XXL sur les péquenots du coin fringués tendance – tellement second degré, coco – cette tournée du perroquet renvoie « à une véritable cohérence entre des personnages, des métiers, des lieux. » Il suffit, pour s’en convaincre, de s’arrêter un instant sur le regard de cet auguste chasseur, fusil au poing, transfiguré en improbable guerrier antique par l’effet d’un ensemble « chauffe épaule en fourrure et robe-tablier tailleur » (si, si)… 
Même lorsqu’il s’agit d’épingler sous le manteau la sbacca insulaire, déclinaison locale du paraître méditerranéen, les auteurs – « des pointures dans le milieu » s’ébaubit une fashionista insulaire – s’appliquent à casser les codes… « Comme faire porter de la fourrure aux chasseurs… » souffle Caroline Cornu. Pour peu qu’on ait pu en juger, les modèles prennent, en même temps que la pose, un plaisir évident à figurer sur des clichés « poétiques, humoristiques, mais jamais gratuits ».
Et risquent bien de faire de A turnata di u papagallu un livre TTC. Très Tendance en Corse.

Antoine Albertini

 

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