NOTE DE PROUTEAU A FR MITTERAND

9 Janvier 84: A Capu di Muru, STEPHANE CARDI, militant du FLNC, est tué par la bombe qu'il transportait afin de plastiquer une villa. Un autre militant, RAPHAEL BUENO, est grièvement blessé par l'explosion.Incidents a SERRIERA lors de l'enterrement de S CARDI

http://www.investigateur.info/affaires/france/note1.html
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`PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

Le 16 janvier 1984

N° 7/2

NOTE

à l'attention de Monsieur la Président de la République

OBJET: Evénements F.L.N.C. à SERRIERA

Les événements, qui se sont déroules samedi 14 janvier à SERRIERA, sont à mon sens, très graves : à la fois au niveau de l'échec de l'intervention des forces de l'ordre contre une provocation inacceptable et des conséquences de cet échec sur les relations, déjà tendues entre la Police et la Gendarmerie, dissensions amplifiées par les media. Il n'est pas de mon rôle de porter un jugement sur la manière, dont Monsieur Préfet BROUSSARD conduit son action en CORSE. Par contre, il ne paraît très inquiétant dans une affaire, ou il était le seul responsable, qu'il laisse porter sur la Gendarmerie des accusations, mettant en doute sa capacité opérationnelle. Aussi, il est indispensable que vous connaissiez parfaitement le déroulement des événements et ce qui a conduit à l'échec de l'intervention.

Les conditions de l'action, dans le climat tendu qui a dû vous être décrit, n'étaient pas évidentes. Aussi, le Colonel BAUSTER avait-il reçu l'ordre de disposer son escadron de telle sorte que sa présence ne puisse paraître comme une provocation. De ce fait, compte tenu de la disposition des lieux, il existait, entre ses moyens et le lieu de la cérémonie, un champ libre important. Au cours des réunions, qui se sont déroulées à la Préfecture en présence de Monsieur le Préfet BROUSSARD et de ses adjoints, le dispositif du Colonel BAUSTER a été accepté. Les ordres de ce dernier donnés au personnel sur le terrain, compte tenu des dispositions adoptées, étaient: au mieux empêcher la commission d'infractions, sinon tenter de se saisir des auteurs. A aucun moment, au cours de diverses réunions, le Commissaire de la République a exposé l'idée du Commissaire MANCINI, consistant à infltrer des membres du S.R.P.J. à l'intérieur de la manifestation. Lors de la dernière réunion de vendredi soir à la Préfecture, le Colonel BAUSTER faisait remarquer les difficultés qu'il rencontrait pour remplir sa mission convenablement. Lors de cette dernière réunion, la présence du petit commando du S.R.P.J., destiné à intercepter des gens du F.L.N.C., qui se manifesteraient, ne lui a pas été signalée.

Le Colonel BAUSTER se trouvait, lors de la sortie du corps, loin du parvis de l'église auprès du Commissaire QUILICCI. Compte tenu de la distance et de la foule importante, qui séparaient les forces de l'ordre de l'église, les premiers coups de feu, qui ont été tirés avec des armes de point, non visibles à cette distance, n'ont pu être immédiatement déterminées comme étant le fait d'armes à feu. Le commandant de peloton, de l'endroit où il se trouvait, a remarqué un début d'échauffourée. Ignorant toujours la présence du S.R .P.J. il pensait qu'il s'agissait d'un règlement de comptes entre autonomistes et anti autonomistes. Malgré tout, il a voulu intervenir et l'autorité civile, le Commissaire QUILICCI, lui a ordonné de ne pas le faire, en répétant à plusieurs reprises: "du calme, du calme ". Quelques instants après, le Colonel BAUSTER et l'adjoint de Monsieur BROUSSARD ont constaté que l'une des personnes, prises à parti au milieu de la foule, était Monsieur MANCINI. Ils se sont précipités immédiatement au contact des manifestants, suivis du peloton de Gendarmerie qui se trouvait à leur côte, immédiatement renforcé par le reste de l'escadron. La foule était particulièrement violente et les Gendarmes ont pu difficilement dégager le commando du S.R.P.J. Compte tenu de l'ambiance survoltée, afin d'éviter que la situation, qu'ils maîtrisaient mal, se dégrade encore plus, l'adjoint de Monsieur BROUSSARD et le Colonel BAUSTER ont décidé de faire refluer l'escadron à lever le dispositif de bouclage et de ce fait les auteurs ont pu se fondre dans la foule, laissant sur place une arme de poing et de nombreuses munitions.

Me fiant à la concision du Colonel BAUSTER, dont je connais la rigueur militaire, je tire les conclusions suivantes. Monsieur le Préfet BROUSSARD était parfaitement informé de l'action du commando, menée par le Commissaire MANCINI et les huit hommes du S.R.P.J. Confiant en ce dispositif, ils étaient persuadés de procéder à des arrestations, en opérant par surprise, sans que la Gendarmerie ne soit informée et surtout puisse participer à l'opération. Totalement tenu à l'écart, le Colonel BAUSTER ne disposait d'aucun élément, lui permettant d'imaginer une seule seconde cette entreprise. On ne pouvait donc, à mon avis, raisonnablement compter que la position des Gendarmes puisse, au cas où cette opération tournerait court, leur permettre de réussir à prêter main-forte au S.R.P.J. dans son entreprise. C'est ce qu'il s'est produit. Aussi, rendre la Gendarmerie responsable de l'échec de ce coup de main est aussi injuste qu'irresponsable. Ce n'est pas en aidant la presse à trouver les éléments lui permettant d'entretenir la guerre des polices, que l'on peut arriver à l'efficacité. Seule la coordination, en dehors de toute querelle de clocher ou d'intérêt de chef, peut nous permettre de réussir dans une lutte difficile. Les forces de police rencontrent déjà assez de difficultés dans leurs missions, sans qu'il soit besoin les alourdir avec des querelles intestines stériles.

Manifestement dans cette opération, il revenait au Commissaire de la République d'informer l'autorité de Gendarmerie de la mission confiée au S.R.P.J. Si le Colonel BAUSTER avait possédé cet élément, sans doute son dispositif aurait été notablement modifié et de ce fait, il se serait trouvé en mesure d'intervenir au moment où le Commissaire MANCINI se trouvait débordé. Je suis persuadé que les gens qui ont mené cette action étaient certains de réussir leur coup et l'audace de l'opération auraient été relevée à juste titre pour la plus grande gloire de leurs auteurs. Comme cela n'a pas fonctionné, il faut bien trouver un responsable. II est facile de s'en prendre à un corps discipliné comme la Gendarmerie, dont on sait très bien qu'il ne s'épanchera pas dans la presse. L'attitude des autorités me paraît dans cette affaire complètement irresponsable et il est miraculeux que tout cela n'ait pas dégénéré.

Le Chef d'escadron PROUTEAU

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