Inseme si pò, discours de P.-L. Santelli, précédant le concert d’I Muvrini


 

Inseme si pò, discours de P.-L. Santelli, précédant le concert d’I Muvrini

 
 

Pour clôturer la journée “Inseme si pò” organisée par la fondation Umani, et devant le nombreux public participant au concert d’I Muvrini le 5 août, Pierre-Laurent Santelli, au nom des associations ayant répondu à l’appel de G.F. Bernardini, a prononcé le discours ci-dessous.

 

Chaque association aura un encart publicitaire et est invitée à envoyer par mail un petit texte visant à informer et faire sourire les lecteurs. Tous les textes ne pourront hélas être reproduits dans la version finale.

Solu , un grombulu di rena hè pocu,  o nunda.

Purtatu da li venti , cincinendu cun d’altri, diventa tombulu ch’un si pò francà.

Seul , un grain de sable est insignifiant.

Porté par les vents, roulant avec d’autres, il devient dune infranchissable.

Avant toute chose nous voudrions remercier la fondation Umani et I Muvrini d’avoir été à l’initiative de cette belle mossa.

A l’heure où l’individualisme forcené est érigé en modèle,  nous sommes , nous, à l’image de ce grain de sable, nous sommes mus, et émus, par un souffle qui nous porte et nous transporte et nous rend plus fort.

Ce souffle, c’est cette volonté, commune, collective que nous avons, de pétrir la même matière, le même matériau : le bien commun, u cumunu, cette notion aujourd’hui galvaudée qui a pourtant été le socle de notre société.

Qui a régi l’organisation sociétale, et spatiale, de ce territoire da seculi è seculi,

Ne simu l’eredi, noi, nous sommes grain de sable, et nous sommes aussi ce souffle.

Ce souffle c’est nous.

Et c’est vous.

Nous en sommes les héritiers et devons en être les passeurs. Et  transmettre, tramandà ssu soffiu ardente, ne pas couper le fil qui nous relie à ces temps immémoriaux, qui nous attache et nous enracine au  présent ; ne pas couper ce fil qui tisse notre avenir ; 

nous sommes les passeurs, ici réunis et ailleurs, passeurs, veilleurs  et sentinelles.

Tous debout contre la marchandisation de la terre, des âmes, bergers , paysans, culturels, citoyens…

Debout, non pas témoins mais  acteurs d’un monde, non qui se meurt comme on voudrait nous faire croire, mais d’un monde vivant, porteur d’espoir et de justice, un monde en résistance face au mercantilisme envahissant, un monde force de propositions qui refuse le fatalisme et la résignation, qui refuse la fuite en avant permanente, la courte vue et le court terme.

Qui n’a de cesse de semer des solutions à portée de main pour que, dignement, chacun puisse vivre sur cette terre,

pour que cette terre qui regorge de richesses puisse nous nourrir durablement,

pour que sur cette terre la justice, en ce qu’elle a de légal, certes, mais aussi de légitime, puisse s’appliquer.

Un monde vivace qui sème, irrigue et qui, pour  récolter, doit aussi savoir arracher les germes de l’incurie, de la violence faite à cette île, éradiquer le déni de réalité, cette réalité criante du lien avéré entre spéculation immobilière et foncière et les dérives qui gangrènent la corse.

Dérives et leurs corollaires de meurtres, qui pourraient être jugulés avec la seule application de la loi.

Qu’un maire, par intérêt, sous les pressions, amicales, ou menaçantes, déclasse dans un document d’urbanisme des dizaines d’hectares protégés et donc inconstructibles, faisant passer la valeur de ces terrains de zéro euro/l’hectare à 500, 600 euros : c’est une chose, l’assourdissant, l’indécent et indigne silence de ceux censés appliquer le contrôle de légalité en est une autre ; l’élaboration d’un document qui engage l’avenir de la Corse pour les 30 ans à venir et qui n’offre aucune protection ni  à des réservoirs de biodiversité, ni à des espaces remarquables, ni à des terres agricoles de très bonnes potentialités, en est encore une autre.

Extirper le trafic des déchets et mettre en place la stratégie  zeru frazu, pour une gestion responsable et durable,

déraciner  cette vision intensive de l’agriculture et s’appuyer sur les pratiques ancestrales, non pas en ce qu’elles ont de passéiste mais parce qu’elles offrent des perspectives d’avenir, économique et culturel, d’un développement axé sur la qualité des produits issus de ces savoir-faire et de ces modes d’élevage extensifs ; c’est la mise en synergie des forces vives qui sera, et rempart face à la déliquescence d’une société, et portes ouvertes à tous ceux qui voudront être les maillons de cette chaîne, chi vuleranu intriccià cun noi, un avvene cumunu.

Iè simu ssu soffiu,  trattu muntagnolu è ventera chi spazza i nulli,

simu à tempu marosulu è fiumara, di mare è di fiume, è di terra, è di celu, di stintu, di fede  è di core.

Iè chi  inseme si pò,

inseme si deve,

pruvemu la,

femu la.

P1150160

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