Jean-François Bernardini: «L'image d'une Corse violente dédouane un certain nombre

Jean-François Bernardini: «L'image d'une Corse violente dédouane un certain nombre de gens de leurs responsabilités»

 

 

FESTIVAL DU VENT - Le chanteur d'I Muvrini se bat contre les idées reçues sur son île...

Impliqué, vigilant, citoyen: ainsi se définit Jean-François Bernardini, chanteur du groupe I Muvrini, venu présenter ce samedi matin, au Café des fleurs à Calvi, sa fondation Umani. Rassemblant 3.200 personnes de tous horizons «qui éthiquement peuvent travailler ensemble», la fondation soutient tous ceux qui, en Corse comme ailleurs, veulent faire vivre leur culture propre dans le respect des autres. Mais s’il y a bien une chose que Jean-François Bernardini ne considère pas comme relevant de la culture corse, c’est la violence.

L’actualité insulaire donne l’image d’une Corse violente, en proie au crime. Est-ce une image déformée?

C’est une image de la Corse qui est construite parce qu’elle est nécessaire pour dédouaner un certain nombre de gens d’un certain nombre de responsabilités. Mais c’est la même approche qu’on peut avoir sur les banlieues françaises: si tout le monde est de la racaille dans les banlieues, le problème n’existe plus. On a besoin de présenter la Corse comme violente par tradition, xénophobe par certains côtés, coresponsable et complaisante avec le crime. Or la criminalité aujourd’hui, c’est un pouvoir bien plus grand que la Corse. Même si notre île a sans doute un biotope et un écosystème assez favorable à ça, le crime n’est pas un problème corse, c’est un problème planétaire. Or, quand on part avec une présomption de culpabilité, qu’on condamne un territoire parce qu’il s’y déroule des actes criminels, on ment.

L’omerta est-elle aussi un mythe?

La Corse est affamée de justice mais elle est profondément incompétente pour élucider des crimes calculés qui se déroulent en trente secondes avec des gens profondément déterminés et armés. C’est pour cela qu’il y a des dizaines voire des centaines de meurtres non élucidés. Dire que c’est dû à l’omerta, à la complicité des Corses, c’est un raccourci qui ne fait que cultiver la méfiance et qui est utile à beaucoup de monde parce que ça dédouane tout un chacun. Si nous apprenions à chaque fois à dire à qui cela profite, peut être que ça nous permettrait de douter un peu de ce type de scénario.

Vous croyez encore à l’action politique?

Oui, au sens noble du terme. Mais l’action politique passe par moi, par vous, par nos représentants évidemment, mais surtout par nos actes quotidiens. Nous sommes tous les élus de notre territoire et c’est véritablement le premier pas vers une citoyenneté active et responsable.  

Les formations à la non-violence que votre fondation organise dans les écoles corses, c’est un point crucial pour qu’il y ait un véritable changement?

La non-violence n’est pas le miroir négatif de la violence, c’est un chemin pour donner aux citoyens de demain la capacité de repérer l’injustice, de s’indigner et en même temps de construire. C’est se donner les moyens d’être le citoyen responsable dont la planète a besoin. La non-violence est un chemin humble, modeste, mais qui va dans cette direction-là.

Vous parlez de la Corse comme d’une société en «pièces détachées». Qu’est-ce qui l’a mise dans cet état et comment la réparer?

Ce qui l’a mise en pièces détachées, c’est qu’on lui a infligé une mésestime de soi, un manque de confiance. Bien sûr, il y a le handicap de l’insularité, le «linguicide» qui traverse cette société, le système de remplacement qu’on lui propose en disant «Plus besoin de produire quoi que ce soit, on va tout amener de l’extérieur», et la relégation d’un certain nombre d’acteurs de ce pays à un rôle de figurants. Il faut donc refaire le chemin inverse et se dire que cette île a des potentialités extraordinaires.

>> Retrouvez le dossier spécial Festival du vent par ici

Propos recuei

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