La Corse plombée par les prêts toxiques

 
 

La Corse plombée par les prêts toxiques

 
 

Ce sont les collectivités insulaires qui, en France, ont été les plus touchées par cette pirouette financière risquée qui a été proposée par les banques et acceptée de manière bien irresponsable par les élus. Enquête.

 
 

La faillite de la banque Dexia et son sauvetage qui va passer par son démantèlement entre la Belgique et la France qui y seront de leurs poches, a fait oublier ses frasques financières qui vont durablement plomber cinq mille cinq cents collectivités locales et établissements publics français. Tout cela parce qu'elles ont imprudemment accepté de souscrire à des prêts provisoirement avantageux mais « toxiques ». On entend par toxiques des taux de remboursements non indexés sur l'euro mais sur des monnaies rivales telles que le franc suisse. En 2005, voire en 2008, quand l'euro allait bien cela pouvait passer, mais, depuis, avec la baisse de l'euro les remboursements deviennent beaucoup plus importants, donc impossibles à honorer pour nombre de collectivités ou d'établissements publics. Et comme la situation de l'euro ne risque pas de s'arranger de sitôt c'est peu de dire que ces organismes vont dans le mur en entraînant avec elles les contribuables. Et Dexia n'est pas la seule banque à avoir utilisé des prêts toxiques... 
Mais si l'on s'en tient simplement à Dexia, c'est la Corse qui est la région la plus touchée puisqu'elle a emprunté, via Dexia, 107 millions d'euros qu'elle devra de toute manière rembourser et auxquels s'ajoutent, pour l'instant, 23 millions d'euros de surcoût. Pour les départements français, c'est la Haute-Corse qui tient le pompon avec 23, 3 millions d'euros supplémentaires à payer, soit 32 % de surcoût (chiffres cités, en septembre, par le journal Libération à partir de documents internes à Dexia). En Haute-Corse, les principaux grugés sont le Conseil Général de Haute-Corse, la municipalité de Calvi et, dans une moindre mesure, celle de Bastia. Selon d'autres chiffres, provenant de la chambre régionale de la Cour des comptes, c'est la Collectivité terrotoriale de Corse qui, entre 2005 et 2007, a signé avec Dexia, pour 200 millions d'euros d'emprunts à risques. La dette pourrait ainsi atteindre 500 millions d'euros en 2011 et 600millions en 2014. Une paille... Même si, entre temps, la dette a été renégociée et les prévisions sont, pour l'instant, moins dramatiques. La ville d'Ajaccio n'est pas en reste, puisque sa dette, qui atteint 66 millions d'euros, est constituée pour 18 millions de prêts toxiques. 
Qui est responsable de cette gabegie ? Évidemment, la plupart des collectivités, en Corse, et sur le continent accusent les banques, dont Dexia. D'ailleurs, un certain nombre de collectivités ont décidé de faire appel à la justice sans obtenir, pour l'instant, des condamnations. C'est Claude Bartolone, le président du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis qui, le premier, a publiquement affirmé qu'il engageait des poursuites. Suivi par plusieurs municipalités du département, par Saint Etienne, Saint-Maur des Fossés, Asnières-sur-Seine et même Linguizzeta, un village de Haute-Corse. Mais la plupart des élus ont hésité à rendre leurs dettes publiques en affichant ainsi leurs erreurs de gestion. Ils ont préféré négocier avec leurs banques un remboursement anticipé temporaire (RAT) qui permet de repousser le problème de trois ans en espérant que la situation économique s'arrange en Europe, ce qui n'en prend pas le chemin. Et il y a fort à parier qu'ils n'ont fait que rajouter de la dette à la dette, ce qui ne solutionne rien. C'est ce qui s'est passé à la Collectivité Territoriale de Corse et qui a été dénoncé par Jean Biancucci, de Femu a Corsica, à l'occasion du vote d'octobre sur le budget supplémentaire de 2011. « Le mal est aujourd'hui profond, a-t-il affirmé. Car, en plus d'un budget de fonctionnement réduit à la portion congrue, c'est-à-dire juste ce qu'il faut pour survivre, et ce du fait d'un prélèvement de plus de 50 % de son budget de fonctionnement au bénéfice des offices et agences, mais aussi d'un PEI dont la réalisation a pris la forme d'une gageure, la CTC est liée à son bailleur de fonds dans le cadre de contrats à risques (ndlr : les fameux prêts toxiques). Le fait que plusieurs collectivités en France se retrouvent dans la même situation n'atténue en rien la responsabilité de ceux qui, en Corse, ont joué avec l'argent et donc avec le pouvoir d'achat des contribuables de cette île ». Et Biancucci de se demander si les formules financières risquées utilisée par la CTC n'étaient pas destinées à « augmenter rapidement l'épargne avant les élections ». « La naïveté des décideurs locaux, a poursuivi Biancucci, est comparable à celle des consommateurs piégés. La différence est que c'est le contribuable qui va payer ». Même si pendant deux ou trois ans, grâce à une nouvelle pirouette financière, la catastrophe sera repoussée.

 
 

Gilles Mille

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