la corse un territoire vieillissant

La Corse : un territoire vieillissant favorable aux partis nationalistes

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Golfe de Porto sur la côte ouest de l'île de Beauté.

La Corse fait partie des régions qui n’ont pas été affectées par le redécoupage des régions prévu par la réforme territoriale de 2015. Avec une superficie d’environ 8 700 km², la Corse est la plus petite des régions métropolitaines et la benjamine des îles-régions voisines de la Méditerranée occidentale, la Sardaigne (24 000 km²) et la Sicile (25 700 km²).

Une population vieillissante malgré sa croissance régulière

En 2014, la Corse comptait 323 000 habitants ce qui représente 0,5 % de la population française, répartis sur deux départements, la Haute-Corse étant un peu plus peuplée que la Corse-du-Sud. La densité de population est la plus faible des régions métropolitaines (36 habitants au km²), mais la Corse est la région qui a connu depuis 2006 la croissance démographique la plus élevée : 1,3 % par an au lieu de 0,6 – en moyenne nationale. Témoignage de l’attractivité de « l’Ile de beauté », cette croissance a la particularité d’être portée quasi exclusivement par le solde migratoire positif qui compense un solde naturel proche de 0. L’explication principale est à rechercher dans le déséquilibre prononcé de la pyramide des âges qui présente un sérieux déficit de population de moins de 25 ans (26 % au lieu de 30 % en moyenne nationale) et une surreprésentation des plus de 60 ans (28 % au lieu de 24 %, 2e rang des régions) qui tendrait à s’aggraver.

 
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Une économie portée par le secteur tertiaire et la construction

Le PIB corse de 8 445 millions d’euros provient surtout de la valeur ajoutée produite par le secteur tertiaire qui représente les trois quarts de la richesse de l’île : le tertiaire non marchand représente à lui seul près d’un tiers du PIB au lieu d’un quart en moyenne métropolitaine. Le secteur de la construction – 10,8 % au lieu de 6,1 % en métropole – est le second moteur économique de l’île, en relation avec ses activités touristiques. Il pallie en partie la faiblesse de l’activité industrielle qui ne contribue que pour 6 % à la richesse de la Corse au lieu de 14 % en métropole.

La Corse appartient au groupe des trois régions où le PIB par habitant de 26 554 euros en 2012 est le plus faible, devant la Bourgogne-Franche-Comté et le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Toutefois, l’emploi a continué de croître depuis le début des années de crise au rythme annuel de +1,9 % entre 2008 et 2013 alors que sa croissance était nulle sur l’ensemble de la France métropolitaine. La croissance corse apparaît liée au développement des emplois non salariés dus à la prédominance des entreprises individuelles (73,6 %), qui place la Corse au 2e rang des régions où les entrepreneurs individuels sont les plus nombreux, après Provence-Alpes-Cotes-d‘Azur (PACA) mais devant la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Golfe de Porto sur la côte ouest de l'île de Beauté.

Une région atteinte par les effets sociaux de la crise

La Corse fait partie des régions les plus touchées par les effets sociaux de la crise. Le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale, la proportion des ménages imposables est la plus faible de toutes les régions et près d’une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, la Corse se classant aussi sur cet indicateur au dernier rang des régions.

Une région à statut territorial et non régional

La Corse bénéficie depuis 2002 d’un statut territorial particulier (le troisième depuis 1982) qui la distingue des autres régions métropolitaines. Ce statut décrit une architecture institutionnelle qui se rapproche du système parlementaire en vigueur dans bon nombre des régions européennes et reconnaît la spécificité de la collectivité territoriale de Corse. Celle-ci dispose ainsi d’une assemblée élue au suffrage universel direct qui élit en son sein un conseil exécutif responsable politiquement devant elle. À ce pouvoir de contrôle de l’activité de l’exécutif, qui échappe aux conseils régionaux continentaux, s’ajoute un pouvoir délibérant ayant valeur réglementaire dans des domaines de compétences limités par la loi mais élargis par rapport à ceux qui ont été transférés aux régions continentales sans prérogative réglementaire.

Dans ces conditions on peut comprendre que les élections territoriales en Corse prennent une importance que n’ont pas toujours les élections régionales qui se déroulent sur le continent. Elles produisent une dissociation des comportements électoraux et des alliances partisanes selon que les élections ont un enjeu territorial ou national.

Une région qui vote à droite aux élections nationales

Aux élections nationales et depuis la fin de l’ère mitterrandienne, la Corse a toujours fait preuve d’un attachement solidement majoritaire à la droite. Le rapport gauche-droite tel qu’on peut le mesurer au second tour de l’élection présidentielle de 2012 a encore été très largement favorable à cette dernière, donnant 55,9 % des suffrages exprimés à Nicolas Sarkozy. Un score qui situe la Corse au 2e rang des régions les plus favorables au président sortant, derrière PACA et à égalité avec la nouvelle région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

Comme dans ces deux régions, la droite corse subit depuis 2007 la concurrence du FN dans des proportions supérieures à la moyenne nationale : en 2012, Marine Le Pen recueille 24,4 % des suffrages, un score de 6,5 points au-dessus de sa moyenne nationale.

Les élections territoriales, élections vedettes en Corse

Les élections territoriales corses font état de deux particularités qui les distinguent de toutes les autres élections.

Tout d’abord, ce sont des élections vedettes au sens où elles mobilisent très fortement les Corses. Le taux de participation à ces élections est exorbitant par rapport à celui observé aux élections régionales dans les autres entités métropolitaines. Mais a contrario, aux élections nationales, les Corses votent moins que leurs concitoyens continentaux, confirmant ainsi que c’est bien l’enjeu territorial du scrutin et lui seul qui provoque la mobilisation des électeurs. Ainsi, pour les élections territoriales de 2004, 70,6 % des Corses s’étaient rendus aux urnes, au premier tour, alors que la participation n’était que de 58 % au niveau national. Et pour celles de 2010, la participation, certes en recul, avait cependant atteint 61,3 % au premier tour en Corse au lieu de 44,6 % sur le continent. A l’élection présidentielle en revanche, la participation chute en Corse en dessous de la moyenne nationale. En 2007, l’élection pourtant considérée comme très mobilisatrice n’atteint en Corse que 75,5 % au premier tour au lieu de 83,8 % au niveau national (78,6 % au second tour au lieu de 84 %). En 2012, la participation corse n’est que de 74,3 % au premier tour au lieu de 79,5 % dans l’ensemble national (76,3 % au second tour au lieu de 80,4 %).

Seconde particularité, ces élections sont les seules où le face-à-face gauche-droite est troublé par la présence – et le succès – de partis nationalistes – autonomistes et indépendantistes – qui, ensemble, représentent en 2004 la troisième force politique de la Corse et en 2010 la seconde. Ils se révèlent être ainsi des « faiseurs de majorités ». En 2004, une partie d’entre eux autour de Jean-Guy Talamoni, leader des nationalistes indépendantistes de Corsica Libera, a fourni à la droite le complément de sièges nécessaire pour conserver la majorité à l’assemblée territoriale et élire un conseil exécutif à son image. En 2010, l’alternance a eu lieu en faveur de la gauche unie au second tour avec l’appoint du parti autonomiste Femu a Corsica de Gilles Simeoni, mettant fin à plusieurs décennies de gouvernement territorial de la droite.

Des élections locales récentes pénalisantes pour la gauche

Les élections locales intervenues depuis le début du mandat de François Hollande ont été en Corse aussi pénalisantes pour la gauche que dans bien des régions.

En 2014, les résultats des élections municipales dans les trois villes de plus de 10 000 habitants que compte la Corse enlèvent à la gauche les deux seules villes – chefs-lieux des deux départements – qu’elle détenait précédemment. À Bastia, la dynastie des Zuccarelli, maires PRG de la ville, est renversée par Gilles Simeoni lui-même, fils d’Edmond Simeoni, fondateur du premier parti nationaliste écologiste et autonomiste corse. A Ajaccio, le maire sortant divers gauche (DVG) Simon Renucci est battu par Laurent Marcangeli, député UMP de la Corse-du-Sud. Avec Porto-Vecchio, troisième ville de plus de 10 000 habitants déjà détenue par l’UMP, la droite gouverne désormais deux villes, la troisième revenant aux régionalistes.

Les élections départementales de février 2015 se révèlent moins pénalisantes pour la gauche. Elle domine au premier tour la droite sans que le FN ou les mouvements nationalistes soient en mesure de perturber l’affrontement gauche-droite. À l’issue du second tour, elle conserve la présidence du département de Haute-Corse obtenue par François Orlandi (PRG). En Corse-du-Sud, c’est le divers droite (DVD) Pierre-Jean Luciani qui succède au président sortant UMP.

En marche vers les élections territoriales de décembre 2015

Les 6 et 13 décembre 2015, les 213 300 électeurs de Corse sont invités à élire les 51 membres de l’Assemblée de Corse.

Les élections territoriales se dérouleront selon des règles proches de celles qui organisent les élections dans les autres régions métropolitaines, avec cependant deux variantes qui ont leur importance politique. La première abaisse à 7 % (au lieu de 10 % pour les régions continentales) le seuil qui donne le droit de se maintenir au second tour. Cette règle a permis en 2010 le maintien de quatre listes dont deux nationalistes. La seconde variante spécifique à la Corse est la diminution de la prime donnée à la liste arrivée en tête : 17,5 % des sièges au lieu de 25 %, laissant un plus large pot commun de sièges à pourvoir pour les petits partis. Ce qui a assuré en 2010 l’élection de conseillers des deux listes nationalistes à l’Assemblée de Corse.

L’offre électorale de 2015 est abondante – douze listes déposées – soit deux de plus qu’en 2010. La gauche est représentée par cinq listes qui ont toutes à leur tête des personnalités de l’île à forte notoriété. Celle du Front de gauche, emmenée par le président sortant de l’assemblée territoriale Dominique Bucchini (PC), est entourée d’une liste DVG conduite par le président sortant du conseil exécutif de Corse Paul Giacobbi, député PRG de la 2e circonscription de Haute-Corse mais démissionnaire de ce parti en 2014. S’ajoutent une liste PS, conduite par Emmanuelle de Gentili, membre sortant du conseil exécutif de Corse et première adjointe du maire de Bastia depuis 2014 et deux listes DVG. Celle de Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, et celle de Jean Zuccarelli, candidat malheureux à la succession de son père à la mairie de Bastia en 2014, dont la liste réunie en 2015 serait soutenue par le PRG.

Collectivité Territoriale de Corse
Salle de réunion.
 © Christophe Caudroy

À droite, trois listes sont déclarées. La liste officielle de rassemblement LR-UDI est conduite par José Rossi, ancien président de l’Assemblée de Corse entre 1998 et 2004. Il doit faire face à la concurrence de la liste DVD de Camille de Rocca Serra qui lui avait succédé à la tête de l’Assemblée de Corse entre 2004 et 2010, actuel député de la 2e circonscription de la Corse-du-Sud à la tête d’une liste dissidente de la droite. Enfin, une liste souverainiste Debout la France, conduite par Hyacinthe Santoni, ancien député UMP des Bouches-du-Rhône, de retour dans son île natale.

Les nationalistes sont représentés par trois listes dont celles des deux principaux mouvements qui s’affrontaient déjà aux élections de 2010. Le mouvement autonomiste Femu a Corsica de Gilles Simeoni, nouveau maire de Bastia, qui briguerait la présidence du conseil exécutif corse et la liste indépendantiste Corsica Libera de Jean-Guy Talamoni, membre sortant de l’Assemblée de Corse. Ils seraient concurrencés par la liste de Paul-Félix Benedetti, conseiller territorial sortant à la tête du mouvement Rinnovu, issu d’une scission de Corsica Libera.

Enfin la liste du FN de Christophe Canioni a choisi pour mot d’ordre « Défendons notre identité nationale et nos identités régionales », un vrai défi en Corse !

Un sondage Opinion-Way pour RCFM et France 3 Corse ViaStella, réalisé du 27 au 30 octobre 2015 auprès de 925 électeurs inscrits, montre que l’élection est loin d’être jouée entre les principaux prétendants. Le sondage pronostique Gilles Simeoni, nouveau maire de Bastia et tête de liste du mouvement Femu a Corsica, comme candidat en tête du premier tour avec 18 % des suffrages, devançant – de trop peu compte tenu des marges d’erreur – la liste de Camille de Rocca Serra (16 %), dissident de la droite. Si les préférences pour ces deux listes d’outsiders se confirmaient, elles mettraient en mauvaise position les listes adoubées par les partis de gouvernement ou celles des sortants : celle de José Rossi (12 %), investi par LR et l’UDI en tant que liste de rassemblement de la droite, celle de Dominique Bucchini (7 %), président sortant, qui avait pris la tête du rassemblement de la gauche en 2010.

Cela se produit dans un contexte où Gilles Simeoni et Camille Rocca Serra sont cités tous deux par 17 % des personnes interrogées comme personnalité souhaitée pour diriger la collectivité territoriale de Corse (CTC), loin devant toutes les autres têtes de liste en présence.

Par Elisabeth Dupoirier, directrice de recherche honoraire au Cevipof (centre de recherches de la vie politique de Sciences Po). Lire la note complète sur le site du Cevipof.

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