Tracfin s'invite en Corse au domaine de Murtoli

9 août 2015

 

 

C’est un des plus beaux sites de Corse, selon son propriétaire. Pourtant, le procureur national financier veut ouvrir une enquête pour blanchiment de fonds….

Une tuile judiciaire menace le domaine de Murtoli, lieu de villégiature paradisiaque du sud de la Corse où Nicolas Sarkozy passe en ce moment ses vacances. Selon nos informations, Tracfin, l'organisme de Bercy chargé de lutter contre l'argent sale, a saisi le parquet de Paris fin juin de possibles mouvements de fonds suspects atterrissant sur des comptes bancaires liés à Paul Canarelli, le propriétaire des lieux. Tracfin s'étonne de versements de l'ordre de 3 millions d'euros, en provenance du Luxembourg, émanant d'un Français installé en Belgique. Le parquet de Paris, fin juin, a transmis le dossier au parquet de Marseille. Mais entre-temps, le parquet national financier, déjà chargé de plusieurs dossiers corses, a demandé à récupérer cette nouvelle affaire de blanchiment présumé. "Pour l'heure, le parquet de Marseille veut mener l'enquête, mais des discussions sont en cours, cela se tranchera bientôt", confie-t-on de source judiciaire. C'est dire si le domaine intéresse les magistrats…

Le propriétaire des lieux a "le bras long"

À Paris comme à Marseille, depuis des années, Murtoli et son médiatique propriétaire ont déjà défrayé la chronique à plusieurs reprises. Le domaine est tellement beau (dans les boutiques d'­Ajaccio ou de Bastia, on peut trouver ses plages en sets de table) qu'il suscite depuis toujours bien des convoitises. Deux mille deux cents hectares, avec 8 km de façade maritime quasi privatisée dans l'extrême sud de la Corse. Le site Internet propose à la location (jusqu'à 34.200 € la semaine) 14 bergeries, dont certaines avec leur piscine, et même un golf… "Peut-être unique en Europe" précise la brochure. Certains, en Corse s'étonnent que le moindre "permis de construire" ait pu être donné pour construire un golf à cet endroit-là, "en pleine zone protégée…". Les mêmes expliquent que le propriétaire des lieux "a le bras long"…

Quoi qu'il en soit, Paul Canarelli est une des figures de l'île de Beauté : ami aussi bien des ministres, des vedettes du showbiz et des médias qui défilent dans ses bergeries… que des "parrains" corses. En 2012, comme Le Point l'a déjà raconté, Claude Chossat, un repenti de la Brise de mer, assure aux policiers que le domaine de Murtoli est carrément la propriété du grand banditisme. Devant les policiers, ce témoin, multi-mis en examen, ("une balance" pour certains), affirme "qu'une partie de la construction a été payée par Richard Casanova", un des chefs de la Brise de mer, et auteur supposé du casse du siècle, l'attaque de l'UBS de Genève en 1990, l'équivalent de 19 millions d'euros, jamais retrouvés. "Paul Canarelli lui était redevable, le domaine appartenait à Richard de fait", soutient Chossat, qui affirme aussi que la plus grande boîte de nuit de Corse, la Via Notte, à la sortie de Porto-Vecchio, créée par Paul Canarelli, est, elle aussi, dans le giron de la Brise de mer… Des accusations sans preuve, démenties farouchement par le principal intéressé. Un seul indice : dans la voiture de Casanova, criblé de balles à Porto-Vecchio en 2008, la police tombe sur une carte magnétique d'accès au domaine de Murtoli. "Normal", se défendra Paul Canarelli, sans renier son amitié avec l'ancien "parrain" de Corse, Richard Casanova était… parrain d'un de ses fils.

La Cour de cassation a ordonné une enquête

Depuis, les accusations de Chossat semblent avoir fait long feu. Mais une femme, Anne de Carbuccia, a déclaré la guerre à Canarelli. D'origine ajaccienne, comme l'a déjà rapporté le JDD, cette épouse d'un homme d'affaires italien rachète en 2008 une maison du domaine de Murtoli, la plus belle de toutes, celle au bord de la mer, à des propriétaires apeurés. Jusque-là, l'édifice avait été "annexé" au domaine Canarelli… Menacée, privée d'accès, Anne de Carbuccia ne baisse pas les bras. Il lui faudra pourtant plusieurs décisions de justice pour récupérer les lieux, et même une condamnation de l'État pour faute lourde, les gendarmes locaux refusant étrangement d'exécuter une décision de justice. Mais quand elle récupère la maison… elle hérite d'une ruine : un robinet d'eau est "malencontreusement" resté ouvert pendant des mois. Depuis, la propriétaire cherche un entrepreneur pour faire des travaux. En vain… Fin du film? Pas tout à fait. Après le classement sans suite en Corse de sa plainte pour "violation de domicile, tentative d'extorsion de bien, vol et dégradation volontaire", Anne de Barbuccia a saisi la Cour de cassation qui a finalement ordonné une enquête. Selon nos sources, un juge d'instruction de Paris vient de mettre Paul Canarelli en examen… Les ennuis, même au paradis corse, peuvent aussi voler en escadrille.

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