Manuel Valls dans les pas de Jean-Pierre Chevènement

Tribune 08/06/2013 à 15h29

Corse : Manuel Valls dans les pas de Jean-Pierre Chevènement

François Alfonsi | Député européen
Tribune

« Il n’y a qu’une langue de la République, c’est le français, et il n’est pas concevable qu’il y ait sur une partie du territoire une deuxième langue officielle. »

Cette simple déclaration de Manuel Valls faite à Corse-Matin à la veille de son arrivée en Corse est le concentré d’une dérive politique jacobine qui le conduira sous peu aux mêmes résultats que Jean Pierre Chevènement.

Il y a d’abord le ton, péremptoire et arrogant. En fait, il nous fait même remonter bien avant Jean Pierre Chevènement, du temps où Giscard d’Estaing martelait que « même si 200 000 Corses le demandaient, il n’y aura jamais d’autonomie pour la Corse », ou encore quand Charles Pasqua éructait dans ses discours qu’il fallait « terroriser les terroristes ».

Il y a eu ensuite Jean Pierre Chevènement intronisant Bernard Bonnet, « l’homme qu’il faut, là où il faut », avec les conséquences désastreuses que l’on connaît. Chaque fois qu’un responsable de l’Etat a parlé comme parle aujourd’hui Manuel Valls, l’échec a été retentissant !

La réalité européenne

Il y a ensuite le contenu. « Il n’est pas concevable qu’il y ait sur une partie du territoire une deuxième langue officielle » : cette affirmation n’a aucun fondement rationnel, et elle tourne le dos à une réalité européenne largement répandue aux frontières immédiates de la France.

Le catalan, le basque et le galicien sont langues officielles en Pays basque, en Catalogne et en Galice, en Espagne. Le gallois est langue officielle au pays de Galles, en Grande-Bretagne. L’allemand est langue officielle en Italie (Sud-Tirol) et le français au Val-d’Aoste. L’allemand est langue officielle également sur une partie du territoire belge, tandis que français et flamand sont les deux autres langues officielles.

Sans compter le Grand-Duché de Luxembourg (trois langues officielles, le français, l’allemand et le luxembourgeois), la Suisse et ses quatre langues officielles, allemand, français, italien et romanche, la Finlande où le suédois est langue officielle, ainsi que le sami pour les populations du Grand Nord, idem en Suède et en Norvège, etc.

La France est entourée d’exemples qui sont l’exact contraire de l’affirmation bornée du ministre de l’Intérieur !

L’échec programmé de la politique socialiste

Il y a aussi la méthode. Une caricature. Du déni démocratique. La délibération prise par l’Assemblée de Corse le 17 mai 2013 en faveur de la co-officialité pour la langue corse est une démarche démocratique incontestable (70% des voix pour, pas d’opposition). Par définition, ne lui accorder aucune considération comme le fait Manuel Valls, en lui opposant les archaïsmes de la Constitution française avant même un tout premier échange avec la représentation élue qui a voté ce texte, est très clairement une forme de répression politique.

Et il y a enfin l’échec programmé de la politique socialiste en Corse. Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls a fait de la lutte contre la délinquance de droit commun sa priorité. Soit. Mais cela n’exclut en rien le dialogue politique ! Au contraire, il sera nécessairement contre-productif de se couper de l’encouragement que les Corses veulent donner à un tel objectif en faisant monter le mécontentement des forces vives contre un ordre établi qui nie les droits et les attentes du peuple corse.

Les conflits vont s’attiser

L’espace de dialogue est le minimum que la démocratie doit au vote largement majoritaire de l’Assemblée de Corse. En le refusant, Manuel Valls légitime les approches extrémistes dont la revendication de l’attentat contre le GIR [Groupe d’intervention régional, ndlr] a donné le ton. Les conflits vont s’attiser. Et, in fine, comme durant les trente années qui ont précédé, le banditisme en tirera le plus grand profit.

Les problèmes de la Corse sont divers, mais leur solution relève d’une seule logique politique : s’appuyer sur une démarche collective fondée sur une confiance retrouvée dans l’avenir du peuple corse. En s’acharnant à briser les signaux constructifs que l’Assemblée de Corse est en train de donner, Manuel Valls choisit en fait la politique du pire. Et il est en train d’entraîner le gouvernement socialiste sur cette pente fatale.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×