REPONSE A ONFFRAY ET LES LANGUES REGIONNALES

 

  SOCIÉTÉ
18/07/2010 18:30
24 Ore n°111
Par Mickael Penverne
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Onfray mieux de se taire

Dans une tribune parue dans Le Monde, Michel Onfray charge les langues régionales, et notamment le corse. Résultat – logique : il en prend pour son grade.

« J'eus des amis corses qui, le vin aidant, oubliaient un instant leur religion et leur catéchisme nationaliste pour avouer qu'un berger du cap ne parlait pas la même langue que son compagnon du cap Pertusato ! ». Après s’être attaqué à Sigmund Freud, Michel Onfray s’en prend, dans Le Monde daté du 10 juillet, aux langues régionales, et notamment au corse.
Apologie. Après avoir évoqué Babel et sa langue « adamique », le philosophe regrette la profusion des idiomes qui constitue, selon lui, une « pauvreté ontologique et politique ». Et le pire est à venir : « La langue régionale exclut l'étranger (…). Elle fonctionne en cheval de Troie de la xénophobie, autrement dit, puisqu'il faut préciser les choses, de la haine de l'étranger (…). Vouloir faire vivre une langue morte sans le biotope linguistique qui la justifie est une entreprise thanatophilique. Son équivalent en zoologie consisterait à vouloir réintroduire le dinosaure dans le quartier de la Défense et le ptérodactyle à Saint-Germain-des-Prés... ». Rien de moins. Puis, le très en verve Onfray conclut tranquillement sa tribune par une apologie de l’espéranto, cette idiome créée au 19e siècle par Ludwik Zamenhof, qui serait une « langue d'ouverture, globale, vaste, cosmopolite, universelle ».
Daube. Que n’a pas écrit-là Michel Onfray ? A-t-il mesuré les réactions – largement prévisibles - à ces écrits ? Car évidemment, il se prend une volée de bois vert. « Il est nul », grommelle Marc Biancarelli, enseignant et écrivain en corse. « Il ne fait que balancer des inepties. Il accuse les langues régionales d’être repliées sur elles-mêmes et de pousser au sectarisme, mais lui-même avoue que son monde se situe entre la Défense et Saint-Germain-des-Prés ». Le texte du philosophe n’est qu’une « daube qui se nourrit de la Bible et de l’espéranto » : « C’est l’exemple même du discours du repli identitaire qui sévit en France depuis longtemps, et qui est le signe d’une véritable paranoïa. Ils sont extraordinaires tous ces intellectuels qui veulent raboter les cultures et les identités ! C’est de l’eugénisme ». Conclusion : ce texte relève du « délire » et du « manque d’inspiration ».
Médiatique. On sent la même colère chez Jean-Marie Arrighi : « Je suis surpris par le niveau de réflexion qui me paraît assez faible venant d’un philosophe de ce niveau. On dirait plutôt le discours tenu à certains comptoirs… » Pour cet enseignant en corse, les langues, qu’elles soient régionales ou non, constituent une « ouverture » sur le monde, alors que l’espéranto, lui, « manque de chair » et souffre « d’avoir été créé par des gens concrets ». Autre défenseur du corse outré par le texte du fondateur de l’université populaire à Caen : Marie-Jean Vinciguerra pour qui la richesse de cette langue se trouve justement dans sa diversité de ses « parlés ». C’est-à-dire sa polynomie : « Quand il dit que les gens du Nord ne comprennent pas ceux du Sud, c’est absolument faux. C’est la preuve qu’il n’y connait rien au corse ». Pour lui, Onfray fait partie de ces intellectuels « médiatiques » qui pratiquent un « terrorisme de la pensée » : « Moi, je lui conseille une chose : qu’il écrive ses bouquins en espéranto, et après on verra »…




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