Une passionnante histoire de familles, d'argent et de béton!

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Exclusif Plan d'aménagement de la Corse: L'extraordinaire destin des terrains du président du Conseil exécutif, du président de l'Office de l'Environnement et du cousin du président de l'Assemblée de l'île. Une passionnante histoire de familles, d'argent et de béton! Par Enrico Porsia Jeudi 4 septembre 2008

Le 24 juillet 2008, le projet du Plan d'Aménagement et de Développement Durable de la Corse (PADDUC) a été arrêté par le président du Conseil exécutif. Ce document est stratégique, il aura valeur de Directive territoriale d'aménagement de l'île. La partie la plus sensible de ce nouveau plan concerne le foncier et la cartographie des espaces naturels remarquables du littoral. Rien d'étonnant: dans le désert économique corse, la seule forme de capitalisation possible trouve bien ses sources dans le foncier. Et quelques "seigneurs de la terre", de grandes familles de l'île, attendent avec impatience de faire fructifier leurs biens. Le problème pour eux, bien souvent, ce sont ces espaces déclarés "remarquables" et protégés par la loi Littoral, votée à l'unanimité par le Parlement en 1986. Ces espaces remarquables, devenant de par la loi inconstructibles, aiguisent bien des appétits. Cette loi est devenue un véritable cauchemar pour bien des promoteurs immobiliers. Combien de rêves en béton se sont-ils brisés face à la loi Littoral? Et, combien de promoteurs immobiliers ne rêvent-ils de voir, demain, des terrains situés dans ces zones protégées, proches du rivage, glisser, comme par miracle, dans des espaces ne bénéficiant plus de la protection contre la construction. Le prix de ces terrains, désormais "désanctuarisés", grimperait. Il grimperait en flèche. "Il appartient maintenant à l'assemblée de Corse d'adopter le PADDUC, après avoir reçu les avis du Conseil économique social et culturel, ainsi que du Conseil des sites; sachant qu'après son approbation définitive, le document devra avoir également été soumis à enquête publique", précise le président Camille de Rocca Serra dans sa lettre, adressée le 5 août 2008, aux conseillers territoriaux de l'île. Visiblement, les événements sont destinés à aller très vite et sont présentés, par le président de l'Assemblée comme une simple formalité. Au tout début de l'automne 2008, les élus de l'assemblée de Corse seront donc appelés à examiner, et à voter, le nouveau PADDUC. Ensuite, démarrera l'enquête publique. Vraisemblablement elle sera bouclée en décembre. Début 2009 l'assemblée de Corse sera appelée à adopter définitivement le nouveau plan. Ensuite, tout terrain proche du littoral pouvant afficher un panneau "constructible" vaudra bel et bien de l'or en barres. Amnistia.net est allé voir ce qui se passe sur les terres des principaux responsables de la Collectivité territoriale. Que prévoit la cartographie du PADDUC à Calvi, le fief du président du Conseil exécutif, Ange Santini, le porteur du Plan? Que prévoit le nouveau Plan d'aménagement à Porto-Vecchio, là ou règne la dynastie familiale des Rocca Serra dont Camille est le président de l'Assemblée territoriale? Enfin, nous avons aussi jeté un coup d'œil sur les terres de Jérôme Polverini, maire de Pianottoli Caldarellu et président de l'Office de l'Environnement de la Corse. Suivez-nous, le voyage est surprenant! Calvi: quand le président de l'Exécutif de l'île désanctuarise ses propre terres… Les espaces remarquables déclassés sur le nouveau PADDUC sont matérialisés par les tâches blanches qui "bouffent" la pinède de Calvi. La flèche n°1 indique le camping de la famille Santini. La flèche n°2 indique l'emplacement d'autres terrains achetés par la SCI gérée par Ange Santini. En 1992, la SCI "U Serenu", dont le président du Conseil exécutif assure de nos jours encore la gérance, achète des terrains à la société Calvi Plage. Dans la section cadastrale AP4, très proche du rivage, la société d'Ange Santini a acheté un bon hectare de terres. Si l'on regarde le plan du PADDUC, on remarque que ces terrains, jusque-là classés dans un espace remarquable, se situent, désormais, dans une zone destinée à être "désanctuarisée". Calvi. C'est la ville d'Ange Santini. Le président du Conseil exécutif. C'est lui, le porteur du nouveau Plan d'aménagement de l'île. L'homme est ambitieux. Quand il était tout jeune, il disait déjà qu'il voulait être maire - se souvient une de ses connaissances calvaises. Depuis, Ange a fait son chemin, et aujourd'hui, du haut de sa place à la tête du Conseil exécutif, il peut se contenter de diriger sa ville en étant simplement "maire adjoint"... A Calvi, la famille Santini possède depuis bien longtemps un camping. Il s'appelle "La Pineda", s'étend sur plus de 5 hectares et est situé dans la pinède en bord de mer, sur un espace boisé classé et proche du rivage. Dans l'atlas du littoral rédigé par les services de l'Etat, la pinède de Calvi est clairement désignée comme un espace remarquable, strictement inconstructible. Or, si l'on regarde aujourd'hui, attentivement, les nouveaux plans du PADDUC, arrêtés par le Conseil exécutif, on note que des zones entières de la pinède en bord de mer sont destinées à être déclassées. Et, surprise: le propre camping de la famille Santini se retrouve, comme par miracle, dans un espace que le Conseil exécutif propose au déclassement. Fini l'espace boisé classé, fini l'espace remarquable. Bref, finie la non-constructibilité. Il faut bien reconnaître que Monsieur Ange Santini est très attaché à la magnifique pinède qui longe le golfe de Calvi. En 1992, la SCI "U Serenu", dont Monsieur Ange Santini assure de nos jours encore la gérance, achète des terrains à la société Calvi Plage. Ces terrains sont situés dans l'espace boisé classé de la pinède. Dans la section cadastrale AP4, très proche du rivage, la société d'Ange Santini a acheté un bon hectare de terres. Si l'on regarde le plan du PADDUC, on remarque que ces terrains, jusque-là classés dans un espace remarquable, se situent désormais, dans une zone destinée à être "désanctuarisée". Finie l'inconstructibilité pour les terres du président du Conseil exécutif si le PADDUC est adopté. Ange Santini n'est pas à son premier essai. Quelque temps après avoir acheté des terrains, en 1992, à la société Calvi Plage, sur des terrains dont, pour certains, la mairie avait gentiment fait connaître sa renonciation à exercer son droit de préemption, Monsieur Santini dépose un permis de construire. A l'époque, il voulait bâtir un hôtel de 120 chambres. Le permis avait été rejeté au nom de la loi Littoral. Mais Monsieur Ange Santini est un homme tenace. En 1995, il est élu maire. En décembre 2004, la mairie de Calvi demande le déclassement d'une grande partie de la pinède. En bout de course, le maire n'a pas gain de cause. La loi Littoral devient un cauchemar. Mais le président du Conseil exécutif ne s'avoue pas vaincu. Il remet son projet de désanctuarisation dans le PADDUC... sans omettre de bien faire figurer ses terres dans des espaces dûment déclassés. Sans commentaire. Porto-Vecchio: un nouveau complexe golfique sur le terres du cousin du président de l'Assemblée de l'île Le lotissement de luxe Punta d'Oru. Camille de Rocca Serra, l'actuel président de l'Assemblée de l'île, a obtenu en 1988 et en 1998 la possibilité de construire quelque 70 villas de luxe, dans son lotissement de Punta d'Oru. Situés entre le golfe de Santa Giulia et la plage de Palombaghja, face au parc marin international des Bouches de Bonifacio, dans un espace exceptionnel, les terrains de Camille de Rocca Serra étaient, théoriquement, absolument inconstructibles. Regardons maintenant ce qui se passe à l'extrême Sud de l'île. Porto-Vecchio, le fief du clan Rocca Serra dont Camille, l'actuel président de l'Assemblée de l'île, a obtenu en 1988 et en 1998 la possibilité de construire quelque 70 villas de luxe, dans son lotissement de Punta d'Oru... la bien nommée! Situés entre le golfe de Santa Giulia et la plage de Palombaghja, face au parc marin international des Bouches de Bonifacio, dans un espace exceptionnel, les terrains de Camille de Rocca Serra étaient, théoriquement, absolument intouchables. Et, pourtant, ce sont bel et bien les services de l'Etat qui, en détournant les yeux de la loi, ont concédé ce privilège au chef du clan de l'Extrême Sud de l'île. Un privilège qui, il faut bien le reconnaître, vaut de l'or! C'est ici que le célèbre acteur Christian Clavier a choisi de bâtir sa désormais fameuse demeure corse. Maintenant, il est intéressant de remarquer que dans le Plan Local d'Urbanisme, arrêté par la municipalité, un projet de construction d'un nouveau complexe golfique de 48 hectares apparaît à Porto-Vecchio. Le projet est d'envergure, et comprend hôtels, restaurants, commerces et résidences. Il est situé à peine au-dessus du magnifique "Golfo di sogno" (le golfe des rêves), sur des terres actuellement agricoles. Ce secteur avait été classé en 2001 "espace remarquable" par les services de l'Etat, avant d'être finalement déclassé sous la pression de la mairie … dont le maire à cette époque était … Camille de Rocca Serra. Porto-Vecchio est une ville influente. Le déclassement de ces terres que l'Etat avait projeté de rendre inconstructibles car "remarquables" au sens de la loi Littoral, a permis de les rendre constructibles dans le PADDUC et le PLU … et la valeur de ces terres s'est envolée. Ne vous trompez pas pour autant. Ces terres n'appartiennent pas à Camille de Rocca Serra, qui s'est déjà bien loti à Punta d'Oru. Les terrains en question sont la propriété de son cousin germain. En Corse, on le sait, la famille est importante... Tout comme l'immobilier, un secteur qui aiguise les intérêts dans bien de milieux… C'est sûrement un hasard, mais lorsque Richard Casanova, présenté comme l'un des "big boss" de la redoutable bande de la Brise de mer, a été abattu le 23 avril 2008 à Porto-Vecchio, les enquêteurs ont retrouvé dans sa voiture des documents concernant les nouveaux plans d'urbanisme de la commune. Visiblement intriguée, la police judiciaire d'Ajaccio a même effectué des perquisitions et entendu Georges Mela. "Je n'avais aucun lien avec Richard Casanova, même s'il a dû m'arriver de le croiser à Porto-Vecchio", a précisé ce dernier à nos confrères de L'Express. Georges Mela est le maire de Porto-Vecchio… Depuis que Camille de Rocca Serra, député et président de l'assemblée de Corse, lui a confié ce fauteuil. Cumul des mandats oblige! Pianottoli-Caldarellu: les terrains familiaux du président de l'Office de l'Environnement Jérôme Polverini, président de l'Office de l'Environnement de la Corse, conseiller exécutif, et maire de la commune de Pianottoli-Caldarellu, a fait déclasser, dans la cartographie du PADDUC, les propres terrains de famille. Jérôme Polverini, est le président de l'Office de l'Environnement de la Corse. En 2001, lors des "accords de Matignon", c'est bel et bien Monsieur Jérôme Polverini qui a été à l'origine de la rédaction du fameux article 12 du nouveau projet de loi sur la Corse. Un texte, rejeté par les députés, qui aurait permis de déroger à l'application de la loi Littoral sur l'île. Jérôme Polverini est aussi conseiller exécutif. Il a personnellement élaboré le nouveau PADDUC, avec Monsieur Ange Santini, le président du Conseil exécutif de Corse. Nous sommes donc allés voir ce que prévoyait le nouveau Plan d'aménagement à Pianottoli-Caldarellu, la commune dont Monsieur Polverini est maire. Décidément, le Conseil exécutif de la Collectivité territoriale a été très attentif au sort des propriétés, proches du rivage, de la famille Polverini. En effet, aussi bien Jérôme, le président de l'Office de l'Environnement, que sa sœur Marie Josée, peuvent constater que leurs terrains, inconstructibles puisque répertoriés dans l'atlas établi par les services de l'Etat dans l'espace remarquable numéro 54, sont désormais déclassés dans le nouveau PADDUC. Si le document est approuvé, dans l'état, ces terres ne seront plus forcément protégées des pelleteuses. Pour bien comprendre le contenu réel du PADDUC, du point de vue foncier et de la loi Littoral, nous vous invitons à regarder le diaporama, très instructif, réalisé par l'association de défense du littoral "U Levante" Ainsi donc Monsieur le conseiller exécutif et maire de la commune, a fait déclasser, dans la cartographie du PADDUC, les propres terrains de famille… Il faut bien admettre que ce n'est pas proprement ce qu'on appelle une saine attitude citoyenne. En Corse, on entend souvent dire: les politiques sont aux "affaires"! Et, que remarque-t-on, dans les cas précis dont nous nous sommes intéressés? Trois élus, directement responsables de la rédaction du Plan d'aménagement de la Corse, directement impliqués dans des gestions de communes littorales, qui semblent s'être d'abord occupés… de leurs propres affaires! Sans vergogne aucune. La suite du dossier: Camille de Rocca Serra, président de la Collectivité territoriale, Ange Santini, président du Conseil exécutif et Jérôme Polverini, président de l'Office de l'Environnement ont réagi aux informations publiées par Amnistia.net… Sans les démentir! Actualisation du dossier: "Désanctuarisation" de la Corse: le mystère de la bande orange Amnistia.net a des doutes sur les informations concernant monsieur Ange Santini, le président du Conseil exécutif ©www.amnistia.net journal illustré Tous droits de reproduction et représentation réservés contact: redaction@amnistia.net

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