MENACE SUR LE LITTORAL

l'express 15/06/09
MENACE SUR LE LITTORAL CORSE

Pour les uns, les nouvelles règles d'aménagement côtier permettront de développer l'économie de l'île. Pour les autres, on prépare la bétonnisation des rivages. Le débat sur le Padduc, prévu début mai à Ajaccio, est crucial.
Ce jour-là, l'ambiance promet d'être électrique. Les 51 élus de l'Assemblée de Corse sont appelés à voter un texte que la Corse attend depuis 2002: le fameux Padduc, autrement dit le Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse. Pour l'UMP, au pouvoir, une chance à saisir afin de développer l'économie. Pour l'opposition, la porte ouverte au bétonnage du littoral ! Depuis que le projet a été dévoilé, en juillet 2008, le sujet provoque des débats passionnés dans toute l'île.



Nul ne le conteste: les rivages corses sont remarquablement préservés, comparés à ceux de la Côte d'Azur ou de la Sardaigne. Le Conservatoire du littoral, créé en 1975, a pu acheter, quand il était encore temps, plus de 20% des 1 000 kilomètres de côtes, faisant échec aux projets immobiliers pharaoniques prévus dans les Agriates, le Sartenais ou la Testa Ventilegne. Malgré tout, depuis trente ans, l'urbanisation a explosé. Lotissements et résidences secondaires ont surgi sur les collines, à Porto-Vecchio, à Bonifacio, en Balagne, dans les golfes d'Ajaccio et de Propriano, sur la côte orientale... Les petites criques, où l'on allait naguère pique-niquer le dimanche en famille, sont désormais encerclées par des mini-villas surpeuplées en été.
Les écologistes dénoncent d'innombrables infractions à la loi Littoral de 1986. "Nous n'avons pas les moyens d'attaquer tous les permis illégaux et l'Etat ne joue pas son rôle de contrôle", déplore Michelle Salotti, porte-parole d'U Levante et chef de file du Collectif pour l'application de la loi Littoral en Corse, qui fédère une cinquantaine d'associations écologistes, syndicats, partis politiques nationalistes et partis de gauche.
La loi Littoral, en effet, ne se résume pas à interdire les constructions dans la bande des 100 mètres. Elle protège aussi les espaces proches du rivage (jusqu'à la première ligne de crête) et les espaces remarquables par leur intérêt écologique. Dans ces zones, on ne peut pas, en théorie, construire de villa isolée. En théorie...
Les écologistes et nationalistes furieux
Le Padduc, aux yeux de ses adversaires, risque d'aggraver cette tendance. Actuellement, les cartes auxquelles se réfèrent les tribunaux, en cas de conflit, sont celles de l'Atlas du littoral, dressé par l'Etat en 2004. Le nouveau plan, auquel les communes devront se conformer pour élaborer leurs plans locaux d'urbanisme, se substituera à ce pavé de 200 pages.
D'où l'importance cruciale du texte proposé au vote de l'Assemblée et qui, à la demande des maires, "déclasse" de larges portions de littoral. La conseillère territoriale (UMP) Stéphanie Grimaldi reconnaît que 7000 hectares d'espaces remarquables ont été supprimés et que la ligne qui délimite les espaces proches du rivage a été rapprochée de la mer "pour mieux prendre en compte les réalités géographiques locales".
Autant de restrictions inacceptables aux yeux des écologistes et des nationalistes, qui redoutent les effets collatéraux de cette urbanisation à venir: augmentation du prix des terres et des loyers, économie du tout-tourisme, creusement des inégalités... Sans compter quelques opérations financières juteuses: le mètre carré n'a évidemment pas la même valeur selon qu'il est constructible ou non... "Quels emplois vont être créés? s'interroge Jean-Pierre, jeune berger en Balagne. Faut-il qu'on devienne tous jardiniers pour les nantis, et nos épouses femmes de ménage?"
Derrière le débat technique sur le Padduc, c'est bien l'avenir de la Corse qui est en jeu.
Droit de réponse paru 14/05/2009 - n° 3019 page 62 Régions
Corse Ange Santini nous écrit
Le président du conseil exécutif de Corse a souhaité réagir après la publication de notre enquête "Corse, main basse sur le littoral".
"Voulant traiter le sujet du littoral corse, notamment au travers du projet de Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) élaboré par le conseil exécutif de Corse, que je préside, votre journaliste, Mme Hélène Constanty, a écrit, dans le sous-titre de l'article consacré à Calvi: 'Ange Santini, président du conseil exécutif de Corse, propose de déclasser des sites qui lui appartiennent dans la commune.'
"Cette affirmation, insinuant que je profiterais de mes fonctions électives pour m'octroyer un profit personnel, est totalement infondée. Elle est tirée, par commodité ou complaisance, de l'exploitation d'articles émanant d'un site Internet confidentiel, à l'encontre duquel une procédure en diffamation a par ailleurs été engagée. En reproduisant partiellement ces articles, vous avez diffusé et colporté des informations extrêmement graves portant atteinte à mon honneur et à ma probité. Je tiens donc à rétablir ici la vérité."
"Ma famille est en effet propriétaire de deux terrains, l'un, situé dans la pinède de Calvi, l'autre, en lisière, sur lequel un camping est installé depuis 1965. Même s'ils se trouvent en zone boisée, ils n'ont jamais été juridiquement classés en espaces naturels remarquables. Ils n'ont donc jamais pu être proposés à un quelconque "déclassement" afin de les rendre constructibles. Ceux qui font référence à un classement se réfèrent à l'Atlas du littoral, élaboré par l'Etat et qui, effectivement, indique quels sont les espaces pouvant être considérés comme remarquables. Or c'est maintenant au Padduc qu'il revient de localiser de tels sites. S'agissant des terrains que je possède, la proposition qui est faite reprend très exactement les indications de l'Atlas, qui a estimé qu'ils étaient remarquables, l'un en totalité, l'autre (celui du camping) en partie.
"Et, sur ce dernier, je conteste formellement l'information selon laquelle j'aurais déposé un permis de construire afin d'y réaliser un hôtel. L'unique site de la pinède que le projet de Padduc ne retient pas comme remarquable, conformément aux critères scientifiques et environnementaux en vigueur, est celui sur lequel est installé depuis une trentaine d'années le club de tennis municipal, à plusieurs centaines de mètres de mes terrains. Quant aux constructions existantes dans la pinède ou en lisière, elles restent soumises au règlement d'urbanisme communal, qui limite les possibilités d'aménagement (zone boisée, prévention des inondations et incendies...).
"De même, je précise qu'il n'est pas davantage prévu de 'déclasser' l'embouchure de la rivière Figarella: ce site n'est plus un 'espace naturel remarquable' depuis 2004, sur décision du Conseil des sites, présidé par le préfet de région et composé des services de l'Etat, d'élus, de scientifiques et de représentants d'associations de protection de l'environnement.
"Contrairement à ce que laisse entendre votre article, le projet d'aménagement de la commune vise à préserver cet espace, en le dotant de pontons en bois et de chemins balisés, car, chaque été, de manière anarchique, y stationnent en permanence des dizaines de pneumatiques et y circulent des centaines de personnes. « Avec mes collègues du conseil exécutif, nous avons conçu ce projet de Padduc, dont la loi nous fait obligation, dans le seul sens de l'intérêt général de la Corse et des Corses, avec toujours le souci permanent de rechercher l'équilibre le plus harmonieux entre protection et développement de notre île."
La réponse de L'Express
Les terrains de la famille Santini ont bel et bien été promis au déclassement dans le premier projet de Padduc (été 2008), sur lequel notre article est fondé. Sous la pression de l'opinion, ils ont retrouvé leur protection, au titre "d'espaces remarquables" dans la carte du Padduc dévoilée le 20 avril 2009, juste après le bouclage de notre dossier. En revanche, L'Express maintient que l'embouchure de la Figarella, jusqu'à présent espace remarquable, perd cette protection dans l'actuel projet de Padduc, ouvrant la voie au projet de construction d'un port de plaisance... Hélène Constanty


A Bonifacio, le rêve des people
Par Hélène Constanty, publié le 27/04/2009 11:42 - mis à jour le 15/06/2009 13:08 L'EXPRESS
Ici, les écologistes contrecarrent les projets de golfs et de villas des "Parisiens" sur la côte. Dernier épinglé devant le tribunal administratif: Jacques Séguéla.
Qui ne rêve de posséder une crique de sable blanc et d'y construire une immense villa, enfouie dans le maquis, avec piscine à débordement et vue sur la Sardaigne? Ce n'est pas un hasard si l'Extrême-Sud fait fantasmer les personnalités riches et célèbres. Bonifacio n'est pas une ville: c'est un royaume, qui procure une impression grisante d'espace et de liberté. 141 kilomètres carrés, 122 kilomètres de côtes (y compris les îles Cavallo et Lavezzi). "Bonifacio est restée formidablement préservée par rapport au reste de la Corse", observe son jeune maire (sans étiquette), Jean-Charles Orsucci (voir l'encadré ci-dessous).
Jean-Charles Orsucci - Un jeune maire tiraillé
Lorsque Jean-Charles Orsucci invite sa famille, le plan de table ne doit pas être simple à établir. Son père, Dominique, est un nationaliste de gauche, trésorier d'ABCDE, l'association de protection de l'environnement de Bonifacio. Son beau-père, Antoine, est un hôtelier de droite, cousin d'Ati Lantieri, qui a régné sur la cité des falaises pendant vingt ans. Dans quel camp Jean-Charles va-t-il basculer ? A Bonifacio, les paris sont ouverts. "J'essaie d'être moi-même", rétorque ce grand brun aux yeux verts, vainqueur aux municipales de 2008 avec 64% des voix, à la tête d'une liste d'intérêt local, Bonifacio 21. Jusqu'à son élection, il gérait, avec son épouse, le Centre nautique, l'un des hôtels d'Antoine Lantieri. A 37 ans, Jean-Charles hérite d'un lourd passé: le plan local d'urbanisme (PLU) de la précédente équipe municipale, annulé par le tribunal administratif, doit être prochainement jugé en appel. Les propriétaires qui ont vu s'évanouir leurs projets de construction réclament des indemnités énormes à la commune... Et les militants écolo qui lui ont donné leurs voix l'attendent au tournant. Bon courage !
La commune ne compte que 2800 habitants permanents et environ 20 000 résidents en été. Ici, peu de lotissements. Les villas se cachent dans la végétation: les Bonifaciens sur le plateau calcaire, les "Parisiens" le long de la côte sauvage, à l'est de la vieille ville. Et c'est bien là tout le problème.
Tout a commencé dans les années 1960, lorsqu'un certain Jacques Dewez a acheté un immense domaine à Sperone, en bord de mer, pour une poignée de châtaignes. Puis l'aéroport de Figari a été créé et Dewez a obtenu l'autorisation de construire des villas de luxe autour d'un golf 18 trous. L'Extrême-Sud, destination branchée, était lancé. Mais, lorsque les Bonifaciens ont réalisé qu'ils ne pourraient plus se baigner sur leurs plages favorites, l'accès au domaine étant réservé aux riches propriétaires, ils sont entrés en résistance.
Depuis 1996, ABCDE, l'association écologiste, animée avec passion par Vincente Cucchi, attaque devant le tribunal administratif tous les permis de construire accordés aux propriétaires qui ne respectent pas la loi Littoral. Sa dernière - et spectaculaire - victoire en date remonte à juillet 2008, avec la suspension par le Conseil d'Etat des permis accordés par l'ancien maire au publicitaire Jacques Séguéla et à l'homme d'affaires Marc Sulitzer. Tous deux avaient jeté leur dévolu sur Cala Longa, une portion encore quasi vierge de la côte est. Séguéla voulait y construire une spacieuse demeure de 568 mètres carrés sur un terrain de 2,1 hectares; Sulitzer, 800 mètres carrés sur 3,5 hectares. Avec un argument choc: mieux vaut une belle villa par-ci, par-là, sur une vaste propriété, que de vilaines cages à lapins... Ils avaient seulement oublié la loi Littoral, qui vise justement à interdire le "mitage".
Vincente Cucchi - La pasionaria des tribunaux
Son surnom, la Pasionaria, lui va comme un gant. Car il en faut, du courage, à cette petite quadragénaire aux cheveux bruns, épouse de pêcheur, pour lutter contre les constructions illégales qui continuent de surgir sur l'extrême-sud de l'île ! Depuis 1996, date à laquelle elle a créé l'association bonifacienne Comprendre et défendre l'environnement (ABCDE), Vincente Cucchi est devenue experte en droit administratif, à force d'attaquer les permis de construire devant les tribunaux. "Nous avons la chance d'être défendus gratuitement par un spécialiste du droit de l'environnement, me Benoist Busson", reconnaît-elle. Ses adversaires ont tout tenté pour la faire taire: le bateau de son mari a été coulé, des menaces verbales lui ont été adressées... Même si elle connaît parfois des moments de découragement, Vincente ne baisse pas les bras, entourée par les militants d'ABCDE et soutenue par le réseau U Levante, qui fédère les écologistes indépendants de Corse. Car elle le sait: son combat est loin d'être terminé.
Le plan local d'urbanisme de Bonifacio, attaqué par ABCDE et partiellement annulé par le tribunal administratif en juin 2007, doit être bientôt jugé en appel. Tandis qu'en parallèle le Padduc devrait rendre constructibles plusieurs sites aujourd'hui protégés. Premier menacé: le golfe de Sant'Amanza, sur la côte est. Un gigantesque projet de marina avec "villas hôtelières" et lotissements est prévu, auquel s'oppose ABCDE. Une pomme de discorde avec le nouveau maire, qui précise: "J'ai pour l'instant sursis aux demandes de permis. Mais j'aimerais créer là une base nautique. Le port de Bonifacio est saturé et le mouillage des plaisanciers est anarchique."
"Il n'y aura pas de deuxième golf", affirme le nouveau maire
A une quinzaine de kilomètres au nord, un autre lieu pose problème: Rondinara. Deux hameaux sont prévus au plan local d'urbanisme (PLU), sur 200 hectares de terres appartenant à la famille d'Alain Lefebvre, un directeur de banque retraité de Neuilly-sur-Seine, qui possède déjà plusieurs villas à Bonifacio. Jean-Charles Orsucci marche sur des oeufs: "J'attends le jugement en appel pour décider d'attribuer ou non les permis."
En revanche, à Cannetto et Balistra, deux autres sites jugés non conformes à la loi Littoral par le tribunal administratif, le nouveau maire est catégorique: rien ne se construira. Et, de fait, le Padduc devrait continuer à les protéger. A Cannetto, le groupe textile Dewavrin, propriétaire d'un vaste domaine agricole, va devoir renoncer aux 400 villas qu'il souhaitait bâtir. L'anse voisine, Balistra, présente le même cas de figure. Falaises blanches, cirque de granit rouge, étang séparé de la mer par un cordon lagunaire de sable blanc: dans ce site grandiose, l'incontournable Dewez projetait de réaliser un golf, entouré de plusieurs zones d'habitation. "Il n'y aura pas de deuxième golf", affirme Jean-Charles Orsucci, qui voudrait voir le Conservatoire du littoral acquérir le domaine de Dewez. En attendant, Vincente Cucchi continue de monter la garde.


    •    Main basse sur le littoral corse
    •    A Porto-Vecchio, les convoitises de Rocca Serra
    •    Par Hélène Constanty, publié le 27/04/2009 à 11:42 - mis à jour le 27/01/2010 à 15:17 L'EXPRESS

Le président de l'Assemblée de Corse est directement intéressé par les aménagements envisagés dans la commune.
Le 23 avril 2008, Richard Casanova, l'un des parrains présumés du gang de la Brise de mer, est abattu par un tueur embusqué en plein centre de Porto-Vecchio. Dans sa voiture, les enquêteurs mettent la main sur le projet de plan local d'urbanisme (PLU) de Porto-Vecchio. Quel lien avec son assassinat ? Dans l'ancienne cité du sel, les putachji (rumeurs) vont bon train, créant un climat malsain.
Camille de Rocca Serra - L'héritier menacé
Sa famille règne sur le sud de l'île depuis... le XVIIIe siècle. Aussi, lorsque Camille de Rocca Serra a succédé à son père Jean-Paul, le Renard argenté, à la mairie de Porto-Vecchio, à l'Assemblée nationale et à l'Assemblée de Corse (qu'il préside depuis 2004), cela n'a étonné personne dans sa ville natale. S'il a officiellement laissé les clefs de la mairie à Georges Mela, élu un peu ric-rac en 2008, avec 48,54% des suffrages, "Camillou" continue évidemment de suivre de très près les affaires de "sa" ville, et en particulier ses projets immobiliers.
En janvier 2009, son sang s'est glacé lorsqu'il a lu un communiqué du mouvement clandestin FLNC appelant "à combattre et à abattre" le président de la collectivité territoriale de Corse, au nom de la lutte contre "les gras projets immobiliers et l'influence affairiste et crapuleuse". "Voilà le résultat des calomnies propagées sur mon compte, alors que je ne fais que défendre un tourisme de qualité pour la Corse", s'indigne-t-il.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, la troisième ville de Corse (10 000 habitants l'hiver, 80 000 l'été) n'a jamais eu de plan d'occupation des sols ! "Une chance", selon son maire (UMP) Georges Mela, qui défend le bilan des Rocca Serra: "L'ancien maire - comprenez Jean-Paul, qui a régné sur la ville de 1950 à 1997- voulait donner à chaque famille la possibilité de construire sur son lopin de terre." Ce système a fonctionné tant que l'Etat signait complaisamment les permis. Mais il était temps de mettre un peu d'ordre dans une urbanisation jugée "anarchique" par les commissaires enquêteurs du PLU, personnalités indépendantes nommées par la présidente du tribunal administratif.
Pour Gérard Bonchristiani, ancien pêcheur, président de l'Association pour le libre accès aux plages et pour la défense du littoral, cette politique s'est révélée désastreuse: "En vingt-cinq ans, la moitié de nos 35 kilomètres de côtes a été urbanisée. » Les bords de mer se sont couverts de lotissements: Marina di Fiori, Santa Giulia... Jusqu'au dernier en date, le plus controversé, Punta d'Oro, près de la sublime plage de Palombaggia, aménagé sur un domaine de 50 hectares appartenant à... Camille de Rocca Serra.
C'est là que, le 30 août 2008, un petit groupe de nationalistes, conduit par Jean-Guy Talamoni, de Corsica Nazione Indipendente, a occupé le jardin de la villa de Christian Clavier, ami intime du président Sarkozy, afin de protester contre "la spéculation immobilière". L'affaire a connu un retentissement énorme. Depuis, les projecteurs sont braqués sur Porto-Vecchio, considérée comme un modèle de développement par les maires UMP de Corse, avec ses 40% de résidences secondaires.
La pièce maîtresse de son futur PLU, conforté par le Padduc? L'extension du port de plaisance. L'actuel, d'une capacité de 380 anneaux, devrait être étendu sur 75 hectares, soit cinq fois la surface actuelle, ce qui lui permettrait d'abriter ces yachts géants qui font rêver les badauds. "Totalement démesuré !" proteste Gérard Bonchristiani.
Jean-Christophe Angelini - Le challenger fragilisé
La jeune garde politique de l'île le reconnaît comme son porte-drapeau. L'autonomiste modéré Jean-Christophe Angelini, secrétaire national du Parti de la nation corse (PNC), a failli faire tomber Georges Mela aux dernières municipales. Il ne lui a manqué que 238 voix.
Sa famille tient un négoce de fruits et légumes et une paillote sur la plage de Palombaggia. Lui, à 33 ans, se régale de politique. A Porto-Vecchio, il dénonce le "clientélisme urbanistique" pratiqué par la municipalité depuis un demi-siècle et promet de donner "bientôt" les noms de ceux qui, à la mairie, "confondent leur intérêt économique avec leurs fonctions électives".
En attendant, il a quelques soucis personnels à gérer: il a été mis en examen pour association de malfaiteurs et complicité de faux, en janvier 2008, pour avoir aidé un ami en cavale, Antoine Nivaggioni, ancien nationaliste reconverti dans le business de la sécurité privée et impliqué dans une vilaine affaire d'escroquerie. Ses tirades contre l'affairisme y ont perdu du crédit.
L'autonomiste Jean-Christophe Angelini, chef de file de l'opposition municipale (voir l'encadré), s'interroge pour sa part sur l'opacité du montage financier: "Le coût du nouveau port est estimé à 128 millions d'euros. On nous parle d'un partenariat public-privé. Mais quelle sera l'origine des fonds privés?" Impossible de répondre à cette question. Depuis l'assassinat de Richard Casanova, qui a valu au maire d'être entendu par les enquêteurs, Georges Mela ne laisse plus filtrer aucune information sur ce projet sensible.
Surprise ! Deux projets de golfs sur des sites à déclasser...
Les golfs constituent l'autre dossier ultrachaud de Porto-Vecchio. Aujourd'hui, la commune ne compte qu'un 6-trous à Lezza, au sud du hameau de Precoggio, que son propriétaire souhaite agrandir à 18. Surprise: lors de l'enquête publique sur le PLU, deux projets de création de nouveaux golfs ont été présentés, dont l'on retrouve les emplacements "prêts à construire" dans la carte du Padduc. Tous deux, comme l'a révélé le site Amnistia.net, sur des terres de la famille Rocca Serra
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"Rien d'étonnant, répond le président (UMP) de l'Assemblée de Corse. Pour créer un golf, il faut 50 hectares sans indivision et des investisseurs prêts à mettre 4 ou 5 millions d'euros sur la table. Des conditions que tout le monde n'est pas capable de réunir." Lui, si. Le premier site, Arjola, au nord de Porto-Vecchio, appartient à sa famille depuis deux siècles. "Mon cousin et moi sommes en train de réunir les titres de propriété. L'autre, Murtonu, au sud, m'appartient, à moi seul."
Reste un obstacle majeur: les commissaires enquêteurs ont émis un avis défavorable sur ces deux projets, préférant l'extension du golf existant. Camille de Rocca Serra ne s'avoue pas vaincu pour autant : "Je ne suis pas un spéculateur. Je défendrai mes droits." Le Padduc lui permettra peut-être d'arriver à ses fins.

 

Main basse sur le littoral corse: le golfe de Calvi en émoi
Par Hélène Constanty, publié le 22/04/2009 12:49 - mis à jour le 22/04/2009 13:28 L'EXPRESS


Ange Santini, président du conseil exécutif de Corse, propose de déclasser des sites qui lui appartiennent dans la commune. L'opposition crie au scandale.

Que s'est-il passé à Calvi pour mettre la classe politique de l'île dans un tel état ? Les militants anti-Padduc ne sont pourtant pas allés occuper les villas de Guy Bedos ou de Muriel Robin, sur le bord de mer de Lumio, face à la citadelle de Calvi.
Ange Santini, le vrai patron de Calvi
Pancrace Guglielmacci, maire en titre de Calvi, est un homme docile. Lorsque, en 2004, l'UMP Ange Santini, élu président de l'exécutif territorial, a dû se résoudre à abandonner le fauteuil de maire de Calvi, qu'il occupait depuis 1995, son premier adjoint, Pancrace, a pris la place.
Ange lui avait promis qu'aux municipales de 2008, il serait n° 1 sur la liste. Las! en 2008, Ange ne résista pas au plaisir de se présenter en première position, pour laisser de nouveau la place à Pancrace au soir du 9 mars.
Evidemment, dans la cité balanine, personne n'est dupe. "Le patron de Calvi, c'est moi", affirme d'ailleurs sans fard l'homme fort de l'île, 49 ans, qui continue de signer les éditoriaux du journal local et de mener les débats au conseil municipal. Pauvre Pancrace...
Aucun procès ne vise non plus les chantiers en cours dans cette baie de rêve, encadrée par les plus hautes montagnes de l'île. Or, le 7 septembre 2008, Ange Santini, président (UMP) de l'exécutif publie un communiqué au vitriol: "[...] des organisations extrémistes ont engagé une opération médiatique d'envergure avec leurs méthodes habituelles: la désinformation, l'intoxication, la caricature, la diffamation, la menace et la force brutale [...]. [...] Les ayatollahs prétendent qu'un terrain de 10 000 mètres carrés réservé comme constructible dans la pinède de Calvi va servir à une opération immobilière."
La pinède ! Nous y voilà. La commune de Calvi recèle deux trésors naturels: la presqu'île de la Revellata et la pinède. La Revellata (22 hectares battus par les vents marins) a été préservée in extremis.
Le Conservatoire du littoral, qui possède déjà 45 hectares, est patiemment en train d'acheter le reste à des investisseurs qui avaient cru pouvoir y construire un vaste complexe touristique.
Reste la pinède, plantée à la fin du XIXe siècle pour retenir le sable blanc d'une superbe plage longue de 4,5 kilomètres. L'atout maître de Calvi, qui attire chaque été 30 000 touristes (pour une population hivernale de 5500 habitants).
"Espace boisé classé, la pinède possède tous les attributs d'une protection maximale, observe Michèle Salotti, porte-parole d'U Levante. Mais elle a déjà été bien entamée et, aujourd'hui, la pression devient énorme."
"Le camping de la famille Santini, comme par miracle, sur des terrains que le conseil exécutif propose au déclassement"
Ange Santini, justement, y possède un terrain de 5 hectares, dans lequel sa famille exploite le camping trois étoiles la Pinède. Ce qui l'a mis en rage, c'est la publication d'un article d'Enrico Porsia sur le site Amnistia.net.
Ce journaliste d'investigation a pris sa loupe et comparé la carte du Padduc aux données cadastrales... Sa conclusion: "[...] Le propre camping de la famille Santini se trouve, comme par miracle, dans un espace que le conseil exécutif propose au déclassement."
En outre, "en 1992, la SCI U Serenu, dont M. Ange Santini assure [...] la gérance, a acheté un bon hectare de terres dans la pinède, sur lequel il a déposé une demande de permis de construire, qui lui a été refusée, alors qu'il n'était pas encore maire de Calvi. Mais M. Ange Santini est un homme tenace. Il [...] remet son projet de désancturisation dans le Padduc."

AFP/Stephan Agostini
Le président de l'exécutif de l'assemblée de Corse, Ange Santini,
Six mois plus tard, le président de l'exécutif ne s'est pas calmé: "J'ai porté plainte pour diffamation contre l'auteur de l'article", affirme-t-il à L'Express.
S'il reconnaît avoir supprimé quelques espaces remarquables à Calvi, "c'est uniquement pour nous mettre en adéquation avec la réalité. Je ne vois pas ce que peut avoir de remarquable un coin de pinède dans lequel ont été construits des courts de tennis et un club house il y a trente ans!"
Mais ce n'est pas tout. Un examen attentif de la carte du Padduc révèle d'autres zones proposées au déclassement: l'embouchure de la Figarella, à Calvi, et une bonne tranche de littoral à Lumio, entre le parking de la plage d'Ondari et la tour génoise de Punta Caldanu.
Créer un port fluvial sur un site sauvage à l'écosystème fragile...
Sur la Figarella, où se trouve actuellement le camping Dolce Vita, la mairie dispose bien d'un projet, que dévoile Ange Santini: "Nous voulons construire un petit port fluvial pour une centaine de bateaux."
"Pas question d'y toucher!, s'indigne Stéphane Serra, chef de file de l'opposition municipale. Ce site sauvage, peuplé d'oiseaux, est vital pour l'équilibre écologique de la baie et la formation du sable de la plage."
A Lumio, qui compte déjà 75% de résidences secondaires, l'inoxydable maire (UMP) Eugène Ceccaldi, 86 ans, élu depuis 1965, se défend mollement:
"Je souhaite que Lumio reste un village rural et j'essaie de freiner un peu le développement. Mais ce n'est pas facile." En effet. Les écologistes ont épluché les cartes: selon eux, le Padduc prévoit le déclassement de 2,8 kilomètres de linéaire côtier à Lumio, juste au-dessus des jolies criques. Précisément là où un gros investisseur envisage de réaliser un centre de thalassothérapie entouré d'une centaine de villas. Village rural, Lumio?
Stéphane Serra, la Horde sauvage au conseil municipal
Le 9 mars 2008, Stéphane Serra a été le premier surpris de son score à l'élection municipale ! 27% des voix pour Calvi autrement, une liste "nationaliste écologiste de gauche" constituée, un peu par bravade, deux mois à peine avant l'élection, histoire de ne pas laisser le champ trop libre à "celui qui concentre tous les pouvoirs régionaux"...
Ce professeur de corse au collège de Calvi, âgé de 26 ans, a commencé à réveiller la jeunesse locale, depuis 2006, avec un blog insolent, la Horde sauvage, dans lequel lui et ses amis critiquent la politique "tout tourisme" d'Ange Santini.
Aujourd'hui, Stéphane Serra joue son rôle de poil à gratter, dénonçant l'absence d'une politique de l'emploi en dehors du tourisme, la pénurie de logements abordables et la vie chère. Sans oublier la pinède, "qui doit absolument rester un endroit préservé". Quitte à s'opposer, autant appuyer où cela fait le plus mal...
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A Bastia, le lido victime de son succès


Par Hélène Constanty, publié le 27/04/2009 11:42 - mis à jour le 15/06/2009 13:12DANS L'EXPRESS
    Rongée par Biguglia et Borgo, deux villages assoiffés de touristes, la réserve naturelle de la plaine de la Marana est menacée d'asphyxie.

Les automobilistes malins connaissent le raccourci. Lorsque la nationale 193 est encombrée, la route du lido de la Marana offre une alternative bucolique entre l'aéroport de Poretta et Bastia. Drôle d'endroit que ce lido ! Une bande de sable de 11 kilomètres de longueur sur moins d'1 kilomètre de largeur, bordée par l'étang de Biguglia, d'un côté, et la Méditerranée, de l'autre.
Anne-Marie Natali - Un clan aux commandes
Lunettes Prada, tailleur Chanel et bague ornée de diamants, Mme la Maire (divers droite) de Borgo, septuagénaire à la vitalité débordante, n'est pas femme à se laisser marcher sur les pieds. Sa famille règne sur la ville depuis des décennies et ce n'est pas une poignée d'écologistes qui va la faire renoncer à ses projets ! Réélue maire de Borgo en mars 2008 avec 76% des voix, elle en est à son cinquième mandat, depuis qu'elle a succédé à son père.
Le pouvoir du "clan Natali" dépasse largement les frontières de la ville de Borgo. Si Anne-Marie contrôle ce qui se passe à la région, en tant que vice-présidente de l'Assemblée de Corse, son gendre, Jean Dominici, a, lui, un oeil sur le département, en tant que conseiller général (divers droite) de la Haute-Corse et secrétaire de la chambre de commerce de Bastia. Les enfants, eux, s'occupent des affaires de bâtiment et de travaux publics développées par leur père, Paul. La succession est assurée.
Pour les amoureux de la nature, ce site exceptionnel n'aurait jamais dû être touché par le béton. L'étang de Biguglia, le plus vaste de Corse (1450 hectares), classé réserve naturelle, abrite une faune et une flore uniques: flamants roses et canards plongeurs au bec bleu. Première surprise, lorsqu'on arrive de l'aéroport: un grand site de... stockage de gaz marque l'entrée du lido, sur la commune de Lucciana. Après une portion de côte sauvage, couverte de cistes, de multiples édifices apparaissent sous les pins: centre de vacances EDF, lotissements à la queue leu leu, village de vacances Belhambra...
Des trois communes qui se partagent le lido - Furiani, Biguglia et Borgo - la dernière est de loin celle qui a le plus construit: 10 000 personnes se pressent ici l'été, entre la mer et l'étang. Mais ce n'est pas assez pour son maire (divers droite), Anne-Marie Natali, qui souhaite continuer de bâtir. La construction, elle connaît: son mari, l'ancien sénateur Paul Natali, ex-président (UMP) du conseil général et de la chambre de commerce et d'industrie de la Haute-Corse, fut longtemps l'entrepreneur le plus puissant du nord de l'île, avant de devoir renoncer à tous ses mandats, en 2005, à la suite d'une condamnation pour prise illégale d'intérêt. C'est à ce couple de bâtisseurs que Borgo doit sa formidable expansion. Le petit village posé sur la colline s'est transformé en grande banlieue de Bastia. Entre 1999 et 2006, la population a connu un bond de 33%. Et ce n'est pas fini...
"Elle est à moi la pinède, non ?", s'emporte Mme la Maire
Anne-Marie Natali se bat actuellement pour un projet immobilier qui lui tient particulièrement à coeur, au centre du lido. Et pour cause: il se situe dans une pinède de 40 hectares, propriété de la SCI la Lagune, dont sa fille est... gérante. Un terrain actuellement inconstructible, répertorié comme "espace boisé classé" jusqu'en 2007. "Dès 2001, la famille Natali a présenté un énorme projet d'urbanisation de sa propriété, rappelle Michelle Salotti, porte-parole d'U Levante. 100 minivillas de 250 mètres carrés, une résidence hôtelière de 80 chambres et même... une chapelle ! Nous avons protesté et l'Etat a refusé la modification du plan d'occupation des sols."
A Biguglia, le député maire (UMP) Sauveur Gandolfi-Scheit, élu depuis trente-trois ans, aimerait lui aussi construire sur sa portion de lido, "le seul endroit possible pour un tourisme de qualité", affirme-t-il. A l'occasion de l'adoption du Padduc, il espère pouvoir déclasser "une dizaine d'hectares" pour un projet d'hôtellerie. L'homme ne manque pas non plus de persévérance: dans les années 1990, le préfet avait retoqué un premier projet de modification du plan d'occupation des sols, qui prévoyait la construction d'un grand hôtel Méridien et d'un centre de thalasso...
Si les protecteurs de la nature tiennent tant à préserver les derniers pins maritimes de la Marana, c'est que sa situation unique, à mi-distance de l'aéroport de Poretta et du port de Bastia, qui enregistre le plus grand nombre de passagers en Europe - 2,3 millions de personnes en 2008 - le rend terriblement attrayant. D'autant que se profile à l'horizon 2015 la construction d'un nouveau port, à la Carbonite, qui pourrait accueillir 7 millions de passagers. De quoi faire fuir, pour de bon, les flamants roses.

Pierre-Laurent Santelli - Le Poulpe contre le béton
Quand il ne panse pas ses chevaux, dans les pâturages de la plaine de Borgo, Pierre-Laurent Santelli, technicien agricole de 47 ans, constitue des dossiers pour lutter contre l'urbanisation de la côte orientale. U Polpu (le Poulpe), association bastiaise dont il est le trésorier, est né il y a dix ans d'une initiative destinée à protéger le mérou, menacé par la surpêche. "Nous nous sommes rapidement rendu compte que, pour protéger le milieu marin, il fallait d'abord lutter contre les causes de sa dégradation." D'où une mobilisation croissante contre les projets que Pierre-Laurent et ses amis jugent dévastateurs, comme le port de la Carbonite, au sud de Bastia, ou les nouveaux lotissements et hôtels que les maires de Borgo et de Biguglia souhaitent voir construire sur le lido de la Marana. Sa pire crainte ? Que le futur port de Bastia ne modifie puissamment les courants marins et ne conduise, à terme, à la disparition de la plage de la Marana. Une plage déjà fortement grignotée par la mer ces dernières années.
Mais voilà qu'en 2008, en plein débat sur le Padduc, ce projet refait surface. Revu à la baisse, certes: une vingtaine d'appartements, une école, une gendarmerie, une salle de spectacle et un théâtre de verdure. Le tout sur 3 hectares "seulement", le reste du terrain étant proposé au Conservatoire du littoral, au prix de 7 euros le mètre carré. "Elle est à moi, la pinède, non? s'emporte Anne-Marie Natali. "Inondable", "remarquable": ils me font tourner en bourrique, mais je ne me laisserai pas faire."
En face, les écolos ne désarment pas. "Le maire nous propose un compromis, s'indigne Pierre-Laurent Santelli, trésorier d'U Polpu. Quel compromis ? Nous demandons le strict respect de la loi littorale. On ne construit pas sur un lido, basta !

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