POLLUTION MEDITERRANÉE ET PLASTIQUE

 

 

7 janvier 2011 LE MONDE

 

La Méditerranée polluée par les rebuts de plastique

 

Une étude scientifique révèle que les microparticules y sont plus abondantes que dans les autres océans

 



Un matériau envahissant

Pollution La concentration marine de déchets plastiques a été établie en 1997 par Charles Moore dans le Pacifique, et popularisée sous le nom " soupe de plastique ".

Production La production de matière plastique dans le monde est de l'ordre de 250 millions de tonnes par an.

Déchets Les plastiques représentent en moyenne 10 % des déchets, mais 80 % des débris retrouvés en mer.

Sacs plastiques à usage unique Leur nombre est passé en France de 10,5 milliards par an en 2002 à un milliard en 2009.


La Méditerranée est largement polluée par les plastiques : une campagne de mesures effectuée durant l'été 2010, et dont les résultats viennent d'être publiés, montre que l'on y trouve des niveaux de diffusion des " microplastiques " comparables aux zones identifiées dans le Pacifique et dans l'Atlantique.

" Quarante échantillons ont été prélevés dans le nord de la Méditerranée, indique François Galgani, chercheur à la station de Corse de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). On a constaté une valeur moyenne de 115 000 microdéchets par km2. C'est une concentration moyenne supérieure à celle que l'on observe en Atlantique et dans le Pacifique. "

Dans ces deux océans, des recherches menées depuis 1997 ont montré que certaines zones très étendues accumulaient de façon permanente des quantités importantes de plastique flottant. C'est d'abord Charles Moore, de la Fondation Algalita, en Californie, qui a montré l'existence de ce phénomène dans le Pacifique. D'autres études ont montré qu'il se reproduisait dans l'Atlantique et dans l'océan Indien. La concentration de plastique se forme dans des eaux relativement stationnaires, piégées par des grands courants circulaires, appelés gyres, qui parcourent les océans.

En Méditerranée, une telle étude n'avait jamais été menée. Elle a été lancée à l'initiative d'une association, Expédition MED, qui a convaincu des chercheurs de plusieurs laboratoires de se joindre à elle. Les prélèvements ont été opérés et étudiés selon les méthodes scientifiques normalisées. " On a utilisé un filet standard pour l'étude du zooplancton, dit Jean-Henri Hecq, du laboratoire d'océanologie de l'université de Liège. Ces organismes ont une dimension allant de 200 à 500 microns (un micron mesure un millième de millimètre), la même taille que les microplastiques. "

Le filet de nylon à mailles fines et d'une ouverture de 60 cm de large est traîné derrière le bateau, son contenu est relevé à intervalles réguliers et conservé pour le tri et l'analyse ultérieure. " Le prélèvement ne se fait que dans quelques centimètres de surface, précise M. Hecq, soit un compartiment très restreint de l'écosystème. Si les microplastiques flottent à la surface, le zooplancton s'étage quant à lui jusqu'à 100 m de profondeur. "

Mais en surface, les densités observées de plastique sont importantes. " Si l'on extrapole, dit François Galgani, on parvient à un ordre de grandeur de 250 milliards de microdéchets flottants en Méditerranée. Il faut cependant rester prudent, d'autres campagnes de mesure devront être menées dans d'autres bassins de la Méditerranée. " Celle-ci n'en apparaît pas moins aussi affectée que les océans par la pollution plastique.

Même si les quantités en jeu paraissent faibles - les microfragments dispersés dans la Méditerranée représenteraient seulement 500 tonnes de matière -, elles pourraient avoir un effet toxique sur les organismes vivants qui les ingèrent. Des plastiques de taille plus importante se retrouvent souvent dans les estomacs d'oiseaux : par exemple, le chercheur néerlandais Jan Van Frakener a relevé la présence de 0,6 g de plastique dans les estomacs d'oiseaux morts en mer du Nord - ce qui équivaudrait à une quantité de 60 g chez un humain.

Les spécialistes soulignent que, en à peine soixante ans d'existence à grande échelle, le plastique a réussi à contaminer l'ensemble des mers du globe, alors que sa biodégradation est extrêmement lente. Si l'attention s'est portée dans les années 1970 sur les " macroplastiques ", d'une taille supérieure à 1 cm, ce n'est que depuis une dizaine d'années que l'on étudie les microplastiques. C'est en effet difficile, puisqu'il faut mener des campagnes en mer relativement coûteuses. La recherche dans le domaine dérive de celle portant sur le plancton, en raison de leur taille comparable.

Selon Richard Thompson, de l'université de Plymouth, en Angleterre, la quantité de microplastiques, après une augmentation très importante entre les années 1970 et 1990, se serait stabilisée depuis le début des années 2000. Dans l'hémisphère Sud, cependant, les quantités observées, quoique moindres que dans le Nord, augmentent rapidement.

Aussi bien les niveaux exacts de concentration des microplastiques que leur effet sur les écosystèmes demandent des études plus approfondies. Jusqu'à présent, elles ont surtout été menées par des associations ou des fondations. En Europe, une décision adoptée en septembre 2010 par la Commission européenne enjoint aux Etats membres de suivre l'état d'une série d'indicateurs du milieu marin, parmi lesquels les contaminants, dont font partie les microplastiques. Les Etats devront donc organiser eux-mêmes le suivi de la pollution par les plastiques sur leurs côtés, notamment en Méditerranée.

Hervé Kempf

© Le Monde

 

 

 


 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×