SOUTENONS DOUME FLORI DANS SA GREVE DE LA FAIM POUR PUSCAGHJA

La polémique se fraye un sentier entre le gardien de Puscaghja et le parc naturel

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CORSE MATINsamedi 5 juin 2010

 

Pour Jean-Luc Chiappini, le président du PNRC, « des efforts de dialogue ont été faits pour trouver une solution. Mais on ne peut courir certains risques juridiques. »

La saison va bientôt commencer. Le ravitaillement par héliportage des refuges du GR 20 effectué par le parc naturel régional aussi. Chaque année, 70 000 randonneurs empruntent les chemins et sentiers de traverse d'un autre tourisme, celui de la montagne corse. Il existe 15 refuges au sein du PNRC, 13 sur le GR et 2 - Puscaghja et A Sega - situés en dehors de ce tracé.

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Dominique Flori, 58 ans, est, depuis 2001, le gardien du refuge de Puscaghja, implanté à 1 100 mètres d'altitude en bordure du massif ouest du Cintu, à la limite des deux départements, sur la commune d'évisa en Corse-du-Sud. Un refuge isolé entre deux hauts cols, Caprunale et Guagnarola, accessible uniquement à pied après cinq heures de marche.

Depuis le 31 mai dernier, le gardien a entamé une grève de la faim.

Il a donc forcément des raisons qui lui tiennent à coeur. Au coeur justement d'une divergence de point de vue avec les instances dirigeantes du parc. L'histoire est en train de faire quelque peu boule-de-neige. Mais du côté du PNRC, on a aussi des précisions à apporter. Parole aux deux parties, maux contre mots.

Refus de signer

« Je suis avant tout un professionnel de la montagne et je m'occupe du refuge depuis la date de son ouverture au public en 2001, explique Dumè Flori. J'ai, à la demande du Parc naturel régional et en accord avec l'objet et les buts de sa charte, développé ce refuge en ayant à l'esprit l'ouverture et le service à tous les publics susceptibles de le fréquenter. En collaborant activement avec les éleveurs et les derniers bergers transhumants, en aidant à la réalisation de projets pédagogiques, en veillant au respect d'une certaine éthique montagnarde et en aménageant les différents espaces livrés à la pierraille et aux ronces. Enfin, en exerçant au coeur du massif une présence constante et attentive. Aujourd'hui, après des années de contrats salariés saisonniers, la direction du service du personnel du parc me propose un contrat d'un type nouveau dont j'ai pensé qu'il était mal adapté à la situation particulière, aux chiffres de fréquentation et aux missions gardien/refuge. J'ai donc refusé de signer. Durant toutes ces années, j'ai essayé de faire mon métier, je voudrais continuer à en vivre dignement... ».

Hier, tandis qu'une manifestation de soutien au gardien se déroulait à Évisa, Jean-Luc Chiappini, président du PNRC, et plusieurs de ses collaborateurs* tenaient à recadrer les tenants et aboutissants de ce qui prend des allures de polémique...

« Le parc a tenu une assemblée générale début 2010 où il a été décidé de séparer l'activité de montagne - gardiennage, accueil - de l'activité purement commerciale, rappelle Christian Cesari, le coordinateur des services. Un objectif à la clé, permettre une meilleure gestion des refuges avec notamment l'informatisation des réservations afin de canaliser et d'étaler les flux. Cette informatisation amorcée en 2009 va être totalement étendue cette année. Chaque randonneur peut ainsi prendre son billet et le payer par carte bancaire. Par ailleurs, des chalets vont être installés pour l'activité commerciale à côté de chacun des refuges du GR. L'activité commerciale (vente de produits, ravitaillement) sera exercée par les gardiens qui revêtent le statut de commerçants, moyennant une redevance de 238 s pour la saison, de mai à fin septembre ». Ladite redevance est l'application d'une obligation légale qui tient au fait que « les gardiens dorment dans le refuge, ce qui est considéré comme un avantage en nature ». Le nouveau mode sera opérationnel à partir du 15 juin.

Tous les gardiens ont été convoqués le 6 avril 2010 et informés des nouvelles dispositions votées par le conseil syndical.

Une proposition refusée

Dominique Flori a, lui, été reçu individuellement à la Casa Pastureccia de Saint-Pierre de Venaco le 23 avril pour une formation concernant le fonctionnement du refuge, le site Internet et afin de signer son contrat d'exploitation. « Lors de cet entretien, Dominique Flori a indiqué que les réservations lui posaient problème dans la mesure où il avait l'habitude de les faire lui-même. Nous lui avons signifié que l'on ne pouvait plus procéder ainsi. Il a aussi argué qu'au regard de la fréquentation du refuge, il ne gagnait pas assez d'argent pour rentrer dans ce cadre... ».

Le PNRC a donc décidé de prendre en considération la capacité d'accueil réduite - 15 places - et la fréquentation sans commune mesure avec les refuges situés sur le GR (rapport de 1 à 10). « Nous avons dialogué avec le maire de Manso - NDLR : commune où réside le gardien - et avons fait des efforts pour trouver une solution, en proposant une compensation de quatre mois au Smic, insiste le président du parc. Mais il ne faut pas que Dominique Flori dise qu'il n'était pas au courant, qu'il n'y a pas eu de contacts, qu'il a lui-même réalisé tous les travaux au refuge. Les factures réglées par le parc sont là pour attester du contraire ».

En attendant, le gardien a appelé à un nouveau rassemblement aujourd'hui place Saint-Nicolas à Bastia à 15 heures. Et campe... sur ses positions.

* Étaient présents Christian Cesari, coordinateur des services ; José Mortini, directeur général adjoint et responsable tourisme ; Nicolas Rutily, membre du bureau du PNRC et maire d'Orto

 

 

Rassemblement de soutien pour le gardien de Puscaghja

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CORSE MATINdimanche 6 juin 2010

Pour soutenir Dumè Flori, des bergers, des guides et des passionnés de la montagne s'étaient donné rendez-vous sur la place Saint-Nicolas.

O Dumè, teni forte » pouvait-on lire sur les tracts du collectif de soutien distribués hier à partir de 15 heures, à Bastia. De nombreux passionnés de montagne étaient venus entourer Dumè Flori, le gardien du refuge de Puscaghja. Et si quelques visages burinés ont quitté l'air des cimes pour foulerl'enrobé de la place Saint-Nicolas, c'est qu'il fallait soutenir un homme de 58 ans qui a entamé une grève de la faim pour se faire entendre par les dirigeants du parc naturel régional de la Corse.

http://memorix.sdv.fr/5/www.corsematin.com/infoslocales/divers_articles/corse/257837/redaction/221820850/Position1/SDV_NMA/default/empty.gif/5538334c5130766d33696b41416c4856?

Et si chaque partie n'écoute que l'écho de ses arguments retentir entre les flancs des cols de Caprunale et Guagnarola, (où le refuge est situé) il va être très difficile de trouver un arrangement...

« Ne pas transformer ce métier en job d'été... »

« Vous savez, nous sommes tous des défenseurs du parc naturel. Si le refuge de Puscaghja est devenu ce qu'il est c'est grâce à cet homme, mais si c'est pour transformer ce métier en simple job d'été pour des étudiants, ce n'est pas notre vision des choses. Et ce refuge est un site particulier...» ainsi s'est exprimé Dumé Sabiani, un des derniers éleveurs caprins qui passe par Puscaghja pour sa transhumance entre le Falasorma et le Niolu. « Je ne suis pas ici pour polémiquer, je défends une certaine éthique montagnarde. Voici ce que j'ai fait (photos à l'appui) de ce refuge. Le parc m'avait donné une mission en 2001 et je pense y avoir consacré toute mon énergie et ma passion », a indiqué le gardien du refuge dont le blog « dumepuscaghja » explose avec plus de 200 réactions et commentaires dans le style : « Nous t'envoyons force, courage et soutien pour ton combat... »

Dumè Flori est sensible à ces marques d'amitié, de solidarité. Il évoque sans détours les précisions du PNRC (Corse-Matin du 5 juin) sur cette affaire. « Je ne suis pas contre le nouveau mode de travail pour les réservations, mais vous savez à Puscaghja la fréquentation n'a rien à voir avec les autres refuges, elle est minime. Je ne suis pas d'accord pour réduire de 6 à 4 mois le contrat et de... payer pour exercer mon métier ! » Jean-Luc Chiappini a parlé même de problème juridique mais le gardien de Puscaghja souligne : « Lorsque l'on se parle tout peut s'arranger. Dans cette affaire il n'y a pas eu d'échanges, pour trouver la solution c'est avant tout ce que je déplore. Je gagne 1 100 euros, vous pensez que c'est beaucoup ? »

D'un côté le PNRC qui évoque un nouveau contrat, l'informatisation, l'activité commerciale, et de l'autre, Dumè Flori, qui parle d'éthique montagnarde, de présence constante et attentive, de collaboration avec les bergers : c'est sûr, les deux parties n'utilisent pas les mêmes mots, pour parler d'un même métier...

Jo Cervoni

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