SATURATION DU GR 20

   

21/07/2011 24 Ore n°310
Par Paul Giudici
Photo : Pierrot Murati

SATURATION DU GR 20

Chaque année, sa fréquentation explose un peu plus. Un engouement populaire qui pose des problèmes. Et si le GR 20 était victime de son succès ?

© Pierrot Murati

« On est en train de le massacrer. Tant pis si je ne fais pas une bonne pub ». Guide de montagne depuis vingt ans, René Constant-Cavalli ne mâche pas ses mots. Là-haut, il assure voir tous les jours « des choses hallucinantes ». Bienvenue sur le trek le plus dur d'Europe.

Embouteillages. Avec la présence toujours plus massive d'amoureux de la randonnée, les capacités d'accueil actuelles ne suffisent plus. « C'est complètement surbooké, constate l'accompagnateur. On arrive à 160 personnes dans certains refuges ». Du côté du parc naturel régional de Corse, autre son de cloche. Jacky Zuccarelli se veut rassurant. « Il n'y a pas de problème de places, puisqu'il y a des réservations, assure le chef du service régional de randonnée. Sinon il y a des tentes ».
Les gîtes sont seulement calibrés pour accueillir une quarantaine de personnes, maximum. Et les treize refuges sillonnant les sentiers, construits il y a trente ans, ont du mal à faire le poids, face aux 30 000 randonneurs annuels qui empruntent le fameux GR20.

Sparte... « Les installations sont obsolètes, que ce soit les douches ou les toilettes, déplore Constant-Cavalli. Et ça fait vingt ans que les panneaux solaires sont là, mais ils ne sont pas branchés ». « C'est encore spartiate, confesse Jean-Luc Chiappini. Mais c'est aussi une volonté : la montagne ça se mérite ». Le président du Parc reconnaît tout de même que des travaux de rénovation sont à l'étude depuis... six ans.
Les guides les plus sérieux dénoncent aussi le manque de professionnalisme de la plupart des accompagnateurs. « On a un des GR les plus cotés d'Europe sans aucun gardien professionnel, le métier d'accompagnateur est très mal structuré et les syndicats sont inexistants », déplore un autre guide. Là aussi, les points de vue divergent : « Les accompagnateurs ont leur brevet d'Etat et peuvent accompagner les groupes. On n'a pas à rougir », assure Chiappini.

Changements. Autre revers de la médaille, des changements sociologiques profonds. « Tout le monde a compris qu'il y avait un intérêt », balance Jean-Luc Chiappini. Et le business du GR20 est florissant. Les TO qui vendent la randonnée l'ont bien assimilé. Ils ne sont pas les seuls. « Des accompagnateurs venus d'ailleurs me demandent parfois le chemin, c'est hallucinant ! », s'insurge un habitué, qui craint que son GR ne « devienne une usine ».
Pour Jean-Luc Chiappini, la nature qui n'est pas encore menacée par l'affluence de visiteurs : « Les randonneurs sont en général respectueux de l'environnement », rassure--t-il. Reste que les animaux sortent moins, et que certaines fleurs rares sont piétinées.
Les bergers de montagne aussi voient leur métier évoluer. De moins en moins solitaire. De producteurs, ils se transforment en commerçants, écoulant divers produits « pour arrondir les fins de mois ». Et pas seulement de leur fabrication. « Désormais, certains vendent des fromages qu'ils ne font même plus », déplore ce maire d'une commune de montagne. Du coup, avec cette offre présente sur place, d'hébergement, de restauration et de ravitaillement, les villages alentours se plaignent. Et assurent voir la clientèle, qui ne descend plus consommer, les oublier. Pour rester là-haut.





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