CAVALLO PROPRIETE PRIVEE!


 

 


24 ora 20/07/2010

Des militants d'Inseme pè a Corsica se sont rendus sur l'île de Cavallo, hier après midi. Ils entendaient dénoncer l'accaparement de l'îlot par des promoteurs italiens. Reportage.

 

Hier, à Cavallo. « Les propriétaires sont rassemblés au sein d'un entrelacs de sociétés écrans, on ne sait pas à qui tout cela appartient »

« Au-delà de cette limite, l'île est totalement de propriété privé. L'île est interdite aux non résidents ». Le panneau présente l'avantage de la clarté : on ne foule pas le sol de « l'île aux milliardaires ». Ou, du moins, pas longtemps, et surtout pas partout.
La situation, déjà ancienne, agace au plus haut point les représentants d'Inseme pè a Corsica et de la Chjama Naziunale. A tel point qu'une quinzaine d'entre eux s'est embarquée hier matin à bord d'un navire de promenade en mer, depuis Bonifacio. La délégation, pilotée par le conseiller territorial Gilles Simeoni, a remis une lettre au représentant du directeur des lieux. Une missive, également adressée aux « spéculateurs de Cavaddu et d'ailleurs », qui résonne comme un avertissement à ceux qui « pensent que Cavaddu n'est plus une terre corse et que le peuple corse n'y a plus voix au chapitre ». De manière tout aussi symbolique, une version in lingua nustrale a été transmise. Les Italiens apprécieront.

Spéculation. Les conseillers territoriaux Jean Biancucci, Hyacinthe Vanni, Agnès Simonpietri et Mattea Lacave étaient également du voyage. Auxquel s'étaient joint une poignée de militants de la micro-région. A bord, également, une trentaine de touristes avaient pris place, pour une ballade en mer assurée par un amateur spécialisé dans ce type d'activités. Alors que les visiteurs se livrent aux joies de la contemplation, les politiques dénoncent « la spéculation galopante ». Au-delà de l'action ponctuelle d'hier, les présents annoncent leur ferme intention de multiplier les initiatives de ce type. Le choix de l'extrême sud comme entame d'un périple régional semble effectivement conforme aux préoccupations maintes et maintes fois exprimées au cours de la dernière campagne électorale.

 

Pacifique. Voilà. C'est parti. L'embarcation quitte le port de la cité des falaises, longeant le phare de Pertusato, le golf dix-huit trous de Sperone et la baie de Piantarella. Devant Sperone, un militant de la première heure se souvient : « ici, il y a une quinzaine d'années, nous étions plusieurs centaines à tout casser ». Les temps changent.
Aux opérations coup de poing d'hier, laissant visiblement un arrière-goût de nostalgie, ont succédé les actions pacifiques d'aujourd'hui. Plus loin, à Piantarella, des bateaux mouillent. Gratuitement, alors qu'à quelques encablures de là, en Sardaigne, tout est payant. Ce qui incite évidemment les plaisancier à se réfugier plus au nord. « Un scandale », dénonce une participante. La taxe forfaitaire de mouillage, demandée par l'ancien président de l'office de l'environnement Jérôme Polverini, n'a pas encore été accordée par le gouvernement. « Qui n'est pas prêt de céder », entend-t-on sur le navire.
Au même moment, enfin, l'équipage accoste sur le port de plaisance de Cavallo. Et la délégation se met en marche, à la recherche d'un responsable.

 

Italien. La pointe sud de l'îlot concentre la partie « cheap », construite à la fin des années 70. On y rencense environ 70 appartement, tous propriétés de ressortissants italiens. Des misérables, sur cette île aux millardaires. Plus loin, disséminées le long de la côte, 70 maisons individuelles appartiennent à de riches propriétaires, dont le prince Victor Emmanuel de Savoie. « Ce ne sont pas ceux-là qui posent problème », clame Marie-Madeleine Molini, conseillère municipale d'opposition de Porto-Vecchio, élue sur la liste de Jean-Christophe Angelini - absent pour raisons personnelles. « Les milliardaires n'ont jamais interdit l'accès de l'île », poursuit-elle.

 

Entrelacs. Halte obligée devant le panneau « Propriété privée », où un drapeau floqué de la tête de maure sera planté. Comme un pied de nez au message qui nous fait face : interdiction de circuler. Un représentant de l'association syndicale de l'île de Cavallo (ASIC) amorce le dialogue avec les « intrus », de façon courtoise. La lettre sera transmise à la direction. Les gendarmes, pourtant possesseurs d'une caserne sur place, n'interviennent pas. « Les propriétaires sont rassemblés au sein d'un entrelacs de sociétés écran, on ne sait pas à qui tout cela appartient », s'émeut Gilles Simeoni. « Le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, désire régulariser la situation. On demande à la collectivité territoriale d'appuyer ses démarches. Il faut que les services de l'Etat permettent d'y voir plus clair. Une fois que tout sera mis à plat, il faudra procéder à la réappropriation: Cavallo doit réintégrer le patrimoine insulaire », tonne l'avocat bastiais. Pour qui le politique doit avoir le dernier mot.

 

Maîtrise. Se positionnant sur un terrain plus global, Simeoni évoque les difficultés générales liées à la maîtrise du foncier. « On travaille de façon transversale, en partenariat avec les agriculteurs et les associations de défense de l'environnement, pour préparer notamment les assises du foncier qui vont se dérouler à la rentrée. L'important, c'est de dégager un principe politique fort, qu'on déclinera à travers une batterie de mesures opérationnelles ». L'établissement public foncier, promis par le ministre d'Etat Jean-Louis Borloo, « est un outil, qui doit-être au service d'une stratégie. Mais nous n'avons pas été associés à la réflexion », déplore l'élu. Parmi les mesures envisagées figure la taxation des résidences secondaires, la prime aux plan locaux d'urbanisme privilégiant le développement durable ou encore l'aide à la création d'associations foncières pastorales (AFP).

 

Nouveauté. Des propositions dont les possibilités concrètes seront mesurées à l'aune des réalités du terrain, ainsi que des opportunités offertes par le droit. Mais les nationalistes n'excluent pas de recourir à la fameuse adaptation législative permise par le statut particulier. Ce qui, pour le coup, serait vraiment une nouveauté. Contrairement aux revendications autour de la préservation et du libre accès de Cavallo. Qui, en vingt ans, s'est attiré par trois fois les foudres des clandestins, tendance Resistenza, Canal Habituel et Canal Historique. Ce qui n'a d'ailleurs nullement empêché la privatisation. Sur site, quelques confrères journalistes notent que l'expédition d'hier n'a rencontré aucune résistance, signe peut-être que « ça se détend, les lieux sont plus ouverts ».
« Non, ça ne se détend pas, tout simplement aujourd'hui la situation semble acquise aux résidents de Cavallo », argue-t-on du côté d'Inseme

 

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