DU TOURISME MAIS DURABLE

 


22/12/2010 15:30
24 Ore n°240
Par Dominique Moret
Photo : Pierrot Murati

 

Du tourisme, mais durable

L’université de Corte s'est penché sur la notion de tourisme durable, qui vise à limiter les impacts négatifs en matière économique, social et environnemental. La Corse est loin du compte.

 

« Nous ne sommes pas des producteurs, nous sommes une destination d’accueil », annonce d’emblée Jean-Marie Furt, professeur de droit à Corte et responsable du département tourisme de l’université. Avec, derrière cette assertion, l’idée qu’en Corse le tourisme est subi, et non choisi. Furt et d’autres enseignants chercheurs, venus de toutes les îles de la Méditerranée, se sont retrouvés en fin de semaine dernière à Corte autour d'un atelier de travail sur le « tourisme durable ».


Impact. Le terme « durable » renvoi au sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992, où a été formalisée la notion de développement durable. La durabilité du tourisme, qui doit prendre en compte les impacts économiques, sociaux et environnementaux du phénomène, se mesure à travers des critères précis. Ces derniers n’existant pas à l’heure actuelle en Corse, l’unité méditerranéenne de recherche LISA s’emploie à établir une grille d’évaluation. Un travail de longue haleine, susceptible dans 18 mois d’apporter une aide à la décision objective pour la définition des politiques touristiques. « C’est une approche pluridisciplinaire qui associe l’économie, la sociologie et la géographie », prévient de son côté Marie-Antoinette Maupertuis, économiste à l’université.


Epouvantail. En attendant, le flou persiste. « C’est un non-choix qui continue. La population n’a pas véritablement défini ce qui est important pour elle », reconnait Furt. Une situation aux antipodes de celle qui prévaut dans les Baléares. En effet, malgré l’épouvantail de la « baléarisation » maintes fois agité en Corse, les espagnols maîtrisent les flux touristiques grâce à des tours opérateurs locaux. De plus, le territoire a su développer une réelle production locale, qui vient alimenter un marché soutenu par une forte demande émanant des vacanciers. Le littoral a, certes, été ravagé par des constructions réalisées dès l’époque du général Franco. Mais aujourd’hui, la tendance est à la « destruction maîtrisée ». Enfin, l’image de la destination est cohérente : on vient aux Baléares pour y effectuer un séjour bien précis, et non pas uniquement pour profiter du soleil et de l’authenticité des autochtones, une notion relativement creuse...


Anéantissement. « Avec une population de 300 000 habitants, nous recevons 3,2 millions de visiteurs. Aujourd’hui personne ne connait les impacts en matière de déchets, de consommation d’eau, d’embouteillages… Ni d’ailleurs sur la qualité de vie des résidents », déplore Maupertuis. Pour le savoir, il faudrait mettre sur la table les revenus par tête dégagés par cette activité, les écarts de richesse qu’elle génère, les niveaux de qualification des acteurs, etc. De manière moins chiffrée, il s’agit également de mesurer le délitement du lien social qu’entraîne la saisonnalité, ainsi que de quantifier le sentiment d’« anéantissement » de la population. Vaste chantier donc, qui aurait pu être entrepris dès les années 1960, lorsque le tourisme a commencé à devenir significatif. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…

 

 

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